Un objet cinématographique curieux, à mi-chemin entre fiction et documentaire. Mais qui se regarde finalement plutôt comme une fiction. Triste car il s'agit pour les deux personnages principaux, incarnés comme la plupart des protagonistes par ceux-là même qui vécurent dans la vraie vie les événements montrés, de refaire à vélo un voyage La Rochelle - Istanbul sur les traces du fils de l'un des deux, mort depuis un an. Et à vrai dire, je ne sais plus très bien si les prises ont été faites durant le vrai voyage ou si certaines scènes ont été tournées ensuite, quoique j'inclinerais plutôt pour la première hypothèse : on part, on se filme et on monte une fois rentrés.
Le début du film met le spectateur mal à l'aise et j'ai eu du mal à entrer dans le truc; les deux voyageurs sont empruntés durant leurs dialogues et ça ne sonne pas très véridique. En fait, ça ne sonne pas comme du cinéma classique. Mais, force est de constater que cela retranscrit finalement assez bien le malaise qui a pu s'installer entre nos deux gars, partis pour un trip assez peu habituel et quelque peu morbide. Beaucoup de pudeur dans cette première partie en définitive et avec le recul, je la trouve plutôt bien sentie mais si elle est un peu pénible à visionner.
Puis arrive une séquence comique, au cours de la location d'un meublé à Vienne. Et celle-là est franchement hilarante et particulièrement réussie. Séquence qui arrive à point nommé : le spectateur se détend et s'en paie une bonne tranche, ça fait du bien. Ça décoince, le spectateur et aussi les deux cyclistes. D'autant que l'évocation du fils décédé passe complétement au second plan, la loueuse l'ayant totalement oublié.
Arrive la fin du film avec l'arrivée à Istanbul. Celle-ci est lumineuse et naturellement chargée d'émotion sans que les grosses ficelles du mélo ne soient utilisées. Nos deux personnages se livrent alors totalement à leur amitié et c'est très beau. Une ode à la vie, au temps qui passe et à l'amitié. Le travail du deuil est accompli, la vie continue et le fils décédé désormais certain de poursuivre son existence dans la mémoire de ceux qui l'ont connu et aimé.