« Bang bang, you’re dead », déclament les enfants qui jouent dans la rue, en ouverture de l’ultra efficace The Killers,et réplique programmatique sans concessions sur le jeu de massacre à venir.
Dense, brutal, A bout portant, reprise de la pépite de Siodmak, est une course continue déclinée sur tous les plans. Dans l’école d’aveugles pour une exécution en règle, sur la route, au volant de bolides qui quittent les circuits pour les braquages, et surtout dans une construction narrative d’une redoutable efficacité, adaptée du génial Hemingway.
Du séminal film noir de Siodmak, il reste la trame, mais 20 ans ont passé. Ici, le glamour et l’empathie le cèdent à une noirceur nouvelle. A partir du meurtre initial, les tueurs à gage s’interrogent : pour quelle raison la victime s’est-elle laissée abattre ? Et n’y aurait-t-il pas un magot à la clé ? Cette double question, à la fois morale (une exécution qui ne passe pas) et crapuleuse (l’appât du gain) reflète bien le récit retors qui va se dérouler. Sur le modèle du fameux « cherchez la femme » qu’affectionne Ellroy, la remontée vers la source occasionne des séquences en flashback faisant la part belle à Angie Dickinson qui succède à Ava Gardner avec un panache nouveau. Entre la femme fatale et la psychopathe manipulatrice (tendance Peggy Cummins dans Gun Crazy de J. H. Lewis), l’œil habité, elle use du même charme magnétique que pour Rio Bravo, et met au tapis les hommes qui la croisent.
Dans cette folie croissante, les récits sont généralement obtenus sous la menace des tueurs et conditionnent un rythme qui ne se dément jamais, se réservant le morceau de bravoure brutale pour la fin et la confrontation à la femme, frappée et malmenée comme on l’a rarement vu jusqu’alors. Dans le récit encadré, c’est la course folle d’un braquage sur les routes sinueuses des montagnes et qui se dirige avec fougue vers l’impasse que tout le monde connait déjà.
On a souvent glosé sur la profondeur et l’ambivalence insoupçonnée du Dirty Harry de Don Siegel : elle irrigue ce film violent, massacre en règle qui fascine par sa noirceur et le cheminement mélancolique des candidats au succès vers leur perte.