À feu doux est un magnifique drame au cœur ouvert et douloureux. C’est un film accordé au déclin, non seulement à la douleur qu’il peut causer, mais aussi à la manière dont il réfracte la mémoire, la présence et le toucher. Plus que tout, c’est un film d’une lucidité aiguë sur la place de la mémoire dans le sentiment d’identité d’une personne, sur la façon dont elle peut injustement glisser entre des mains désespérées de s’y accrocher.
Sans déverser d’exposition ni recourir à des artifices sous pression, Friedland révèle des facettes de la vie de Ruth, scène après scène, au fil des 85 minutes de temps d’écran. À feu doux accomplit beaucoup en un peu moins de 90 minutes.
Il déstabilisera probablement les spectateurs qui aiment que les films avancent à une vitesse réglée, et j’imagine que les publics en pleine floraison de la jeunesse s’en détourneront avec horreur. Pourtant, d’autres se reconnaîtront peut-être dans le personnage du fils, Steve (H. Jon Benjamin) un architecte d’âge moyen et un homme bien qui sert d’ancre au chagrin, à l’inquiétude et à un amour profond et durable.
En aucun cas il ne faut s’attendre à un bain de misère. Comme son protagoniste, le film refuse de s’abandonner doucement à cette bonne nuit. Sa défiance est tempérée par la dignité et la grâce.