À feu doux
6.7
À feu doux

Film de Sarah Friedland (2024)

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Ce premier long-métrage a fait forte impression lors de nombreux festivals en 2024 dont la fameuse Mostra de Venise. Présenté en section parallèle Orizzonti, il a écopé du prix de la mise en scène et de celui de la meilleure actrice pour Kathleen Chalfant. C’est aussi cette section la même année qui nous a offert le grandiose et percutant film italien « Familia », qui a lui obtenu le prix du meilleur acteur. Et on ne pourra que saluer le sacre de cette actrice octogénaire méconnue (elle a surtout fait carrière à la télévision et on l’a aperçue dans le « Old » de M. Night Shyamalan). Incarner un personnage atteint de la maladie d’Alzheimer est un sacré challenge doublé d’un numéro d’équilibriste. Mais quand le talent est là et que la magie s’immisce, cela donne lieu à des compositions marquantes voire même impressionnantes. On se souvient de Julianne Moore dans « Still Alice » où à Anthony Hopkins dans « The Father », tous deux récipiendaires d’un Oscar pour leurs rôles. Chalfant livre une prestation du même acabit, sensible, puissante, touchante et incroyablement juste.


La première séquence de « À feu doux » est géniale. Sans se douter encore de l’état exact du personnage, on la voit affairée avec passion à sa cuisine et se faire belle pour un rendez-vous supposément galant. Lorsque l’invité est là, il y a des choses un peu étranges qui prêtent à confusion puis, à l’arrivée à la maison de repos, on comprend de quoi il s’agit. C’est fait de manière admirable, montrant comment un malade peut gérer certaines zones de sa mémoire avec précision et être dans l’oubli ou le flou complets sur d’autres versants. Le film est d’une infinie délicatesse montrant avec précision le ressenti d’une personne âgée et atteinte de cette triste pathologie. Ici, on s’approche parfois fortement du documentaire dans la manière de filmer de manière neutre, minimaliste même, cette dame digne mais perdue. On apprécie que tout soit fait pour éviter le pathos ou le chantage à l’émotion (aucune musique triste, quelques notes d’humour savamment distillées, un environnement chaleureux, ...).


À contrario, certains pourront reprocher – à raison – que l’histoire se situe de nouveau dans un environnement cossu et bourgeois au vu de l’opulence de la structure où se déroule le film. Mais ce n’est pas du tout un obstacle à l’appréciation de « À feu doux ». Il flotte aussi en nous un sentiment cotonneux de perte de repères. Le film est américain mais on le croirait européen si ce n’est la langue parlée et quelques plans extérieurs à cette maison médicalisée. Le plus gros défaut du film demeure peut-être l’accumulation de ses plans fixes et étirés ainsi qu’un rythme qui se fond peut-être un peu trop à celui du personnage : en l’occurrence, très lent. Un peu trop peut-être peut-on même avancer avec parfois des séquences qui s’étirent plus que de raison. Le long-métrage est court mais il aurait pu l’être encore plus ou alors développer mieux et davantage ses personnages secondaires ou le passé de son personnage principal, car il y a beaucoup de flous. Voilà donc une œuvre sincère dont la puissance discrète et l’épure peuvent être autant une qualité qu’un défaut mais que la performance de sa comédienne rend majestueux.


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JorikVesperhaven
6

Créée

le 25 juin 2026

Critique lue 7 fois

Rémy Fiers

Écrit par

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