Attention, justicières sans moustache

A l’heure où le nombre de viols quotidiens est un nouveau critère du guide Michelin consacré à New York, un gang de lionnes aux incisives en quête de vengeance sort le rasoir de barbier pour émasculer du pervers ayant échappé aux maillons trop lâches d’une justice à deux vitesses. Bien décidées à en découdre avec tous ces machos qui ne voient en la gente féminine que de la chair fraîche à manipuler, elles suivent l’actualité avec intérêt pour débusquer leur prochaine proie.


A gun for Jennifer est un film profondément revendicateur, une apologie saisissante du girl power qui ne manque pas de mordant et se paye même le luxe d’être l’un des rape and revenge les plus âpres qu’il m’ait été donné de voir. Sa violence de chaque instant se veut le relais d’un discours corrosif dont le but est d’ôter ses œillères à une société qui a tendance à détourner un peu trop le regard. Et même si le propos déroulé par Todd Morris est voulu très second degré, l’impulsion à son origine est aussi virulente que cristalline et quand la punchline se veut fleurie, elle ne fait pas dans la dentelle : « dead man cant rape » étant le leitMotive de notre groupe de justicières en herbe.


Soyez prévenus, tout fleure bon les vapeurs d’essence, la sueur et le sang séché dans A gun for Jennifer. Todd Morris compose avec les bas fonds de NY pour accoucher d’une imagerie typée grindhouse brute très trash. A aucun moment l’image ne se veut flatteuse, un parti pris compréhensible, même s’il manque d’être épaulé par une mise en scène un peu moins fonctionnelle. Générer des ambiances poisseuses est pertinent, mais certaines séquences manquent cruellement de maîtrise, tous les gunfight notamment ont assez mal vieilli.


Foutraque mais généreux, A gun for Jennifer est une bobine peu commune, un mix énergique entre le rape and revenge classique et le vigilante movie poisseux auquel il ne manque qu’un peu de maîtrise et des acteurs plus solides —parce que là c’est du niveau «le miel et les abeilles» par moment — pour marquer durablement les esprits. Mais en l’état, il fera le plaisir des amateurs de ces genres peu pourvus qui pourront s’offrir une petite séance popcorn sympathique et mémorable. Quoiqu’on en pense, l’émasculation au rasoir à main, bien que suggérée, restera en tout cas dans ma petite mémoire un bon moment !




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oso
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le 16 nov. 2014

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