A History of Violence est mon deuxième Cronenberg, après The Fly. A History of Violence est en apparence très différent, mais dans ses thématiques il n'en ai pas si éloigné. Là ou The Fly explore la métamorphose et la mutation du corps, ici on s'intéresse plutôt à la métamorphose d'une identité façonné par la violence.

Dans une petite ville de l'Indiana, Tom Stall vit avec sa femme et ses deux enfants. Un soir, alors qu'il travaille dans son restaurant, deux malfaiteurs débarquent, menacent et agressent. Tom perd le contrôle et affronte les deux criminels avec une efficacité déconcertante. Il en sort victorieux, il est acclamé sauveur par la communauté. Mais cette reconnaissance attire l'oeil d'un homme mystérieux qui le nomme autrement : Joey Cusack. L'incertitude planne autour de la véritable identité de ce père modèle.


"L'histoire de la violence" ou "Une histoire de violence" : le titre possède deux connotations différentes. En réalité il insiste sur ces deux représentations. On y dépeint plusieurs histoire de violence mais en analysant d'un peu plus près les personnages sont eux même une représentation de cette violence à différent degré.

- D'un côté, chez Jack, le fils de Tom, le violence prend la forme du harcelement scolaire, casi quotidienne presque banal. Une violence subit qui deviendra une violence exercée.

- Chez le père, elle surgit de manière plus spectaculaire et moins prévisible.

Dans un premier temps, cette brutalité semble neutre voir même justifiable : Jack se défend de son harceleur, Tom protège sa famille et les citoyens en éliminant la menace. La violence apparaît comme le seul échappatoire face au danger.

C'est là tout le génie de Cronenberg. Le réalisateur montre la violence comme inée presque constructif de l'être humain. L'Homme est fait ainsi, cette violence le constitue et révèle de l'instinct de survie, de la vengeance, de la perte de contrôle mais aussi du fanstasme. L'humain reste barbare et pervers, cette barbarerie est transmise. La violence est héréditaire, et même lorsqu’il s’agit de battre cette sauvagerie on l’utilise comme elle a été utilisé.


Le personnage de Tom est fascinant. D'apparence banal presque transparant, un homme sans réelle histoire, rattrapé par un passé monstrueux. Le choc pour un acclamé héro.

Le film s'établit dans une sorte de suspense face à l'identité du personnage. Entre un présent lissé, d'un père de famille anodin dans une petite de ville tranquille, et un passé destructeur d'un criminel noyé dans le sang de ces meurtres, la frontière de son véritable être brouille.

Au fil du récit, il devient évident que la seule réponse authentique que peut offrir Tom reste la violence dans laquelle il a toujours baigné. Même en tentant de fuir son passé, sa nature prodonde refait surface. Et finalement, la question centrale que regorge le film s'impose : peut on échapper à sa vraie nature ? Ou sommes nous condamnés à rester ce qu'on a toujours été, même en voulant changer ? Sommes nous tous plongé dans une violence inconsciente ?


Viggo Mortensen est remarquable dans ce rôle. Il joue entre deux tableaux : à la fois père de famille, à la fois monstre soif de meurtre dans un même corps. Cette coexistence opposés dérange profondément. On pense presque à Spoorloos de George Sluizer où la banalité apparente cache un abîme moral.


Une critique implacable de l'Amérique et de son rapport avec la violence : celle ci pense que le mal est nécessaire, parfois même juste mais toujours à un prix exorbitant. L’utilisation de la barbarie est pourtant utilisé de la même manière (meurtre, bagarre..) mais perçu d’une différente façon. Cronenberg laisse cette question ouverte n'offrant aucune réponse morale claire et c'est une force pour le film.


La mise en scène de la violence est froide, cru voir même sale. Il n'y a pas de musique héroïque venant sublimer les scènes, ni de chorégraphies flatteuses. Les corps tombent lourdement, les cris résonnent, le sang coule, la brutalité est graphique allant au meurtre jusqu'au fantasme d'un semi viol. Cronenberg oblige le spectateur à regarder, à être spectateur et/ou complice impuissant face à la déchéance d'un homme qui tente de se reconstruire. Et je me demande si cela nous inclut nous aussi à être à notre tour violent d’accepter les images que l’on regarde.

Chaque acte plonge peu à peu la famille dans un gouffre difficilement surmontable presque illusoir. Le fils prend son père comme modèle, reproduit les mêmes gestes, les mêmes actes avec plus d’assurance inquiétante. C'est la genèse d'une violence héréditaire, la naissance d'un cycle, une épidemie d'acte cruel répété sans once d'humanité et parfois même excusé au nom de l'héroïsme ou d'une représaille nécessaire pour se protéger.

Mais un acte barbare peut il réellement être purifié à titre personnel ?




e9irl
7
Écrit par

Créée

le 1 févr. 2026

Critique lue 8 fois

e9irl

Écrit par

Critique lue 8 fois

D'autres avis sur A History of Violence

A History of Violence

A History of Violence

7

Sergent_Pepper

3175 critiques

Le coup dans l’escalier.

On sait l’acuité avec laquelle Cronenberg scrute les monstres tapis en nous, et le fait de s’attaquer à la cellule américaine la plus banale a évidemment quelque chose de tout à fait jouissif. Alors...

le 8 févr. 2016

A History of Violence

A History of Violence

8

Vincent-Ruozzi

310 critiques

L'ombre du passé

Au début des années 2000, David Cronenberg est surtout connu pour ses films de science-fiction, d'horreur et de fantastique comme La Mouche ou Dead Zone. Avec A History of Violence, adaptation d'un...

le 9 avr. 2018

A History of Violence

A History of Violence

8

Scarlett

70 critiques

Critique de A History of Violence par Scarlett

Ce qui arrive à Tom est une situation dans laquelle chacun peut reconnaître ses propres peurs : la violence et la mort débarquent au milieu de la petite vie bien réglée, bien honnête et surtout...

le 18 oct. 2010

Du même critique

Bones and All

Bones and All

3

e9irl

11 critiques

Un film qui nous laisse sur sa faim

Bones and All avait tout pour me séduire sur le papier : cannibalisme, road trip, histoire d'amour, le duo Taylor Russel x Timothée Chalamet. L'histoire de Maren, jeune marginale abandonnée par son...

le 22 déc. 2025

Antichrist

Antichrist

8

e9irl

11 critiques

l’enfer déguisé

Von trier, l’homme dévoré par ces peur et sa souffrance utilise son cinéma comme exutoire. une façon pour lui de pouvoir libérer ces démons, une façon pour nous, spectateur, d’observer un esprit en...

le 1 avr. 2026

The House That Jack Built

The House That Jack Built

9

e9irl

11 critiques

Hit the road Jack

L’art comme essai, comme exutoire de nos démons intérieurs. Toujours encadré, toujours lissé car l’art est dit moral. Doit il vraiment l’être ? Les artistes dit immoraux ne sont ils finalement pas...

le 7 févr. 2026