Kathryn Bigelow c'est quand même une sacré pointure. Son cinéma est toujours plus intelligent qu'il n'y paraît au premier coup d'oeil.
A House (full) of Dynamite est certainement, dans le choix du propos, une nouvelle preuve de la pertinence de la cinéaste. Trump vient d'annoncer qu'il relançait des essais nucléaires, et de toute façon rien qu'avec les 11 000 têtes nucléaires que se partagent déjà les excités du Kremlin et de la Maison Blanche, on a de quoi se faire tous griller un paquet de fois. La vraie question c'est QUAND ? Et avec quelles conséquences pour notre futur ? Et ben on saura pas.
En termes de puissance évocatrice le film est étonnamment décevant. Il est calibré pour être anxiogène, mais il m'a laissé dans un bizarre état d'anesthésie où j'avais la vague impression que bon, ça va péter un jour où l'autre, absolument personne ne sera capable de gérer ça correctement, donc... pourquoi même y penser ?
La structure à la Jackie Brown (on revoit 3 fois la même séquence de 19 minutes à travers différents échelons de l'appareil décisionnel) fait flop. Le procédé échoue à nous plonger dans des points de vue véritablement différents. On assiste littéralement à la même visioconférence à travers plusieurs écrans et micros différents. En termes de narration, c'est pas vraiment passionnant. C'est juste redondant. Autant la première itération installe un peu de tension, que les autres ne font que repasser sur une piste déjà damée. A chaque fois se rejoue exactement la même chose, avec les mêmes dialogues déjà entendus. Pas d'élément nouveau, pas de nouvel enjeu : celui-ci est maximal et indépassable dès le départ, et systématiquement ramené à une échelle familiale assez bateau et très américaine, copiée-collée d'un personnage à l'autre.
Tout le monde se plaint de n'être pas préparé à une telle situation (c'est précisément leur taf pourtant), et découvre à cet instant précis qu'il y a depuis le départ une mégacouille dans la stratégie, parce qu'activer les mesures de défense équivaut à n'avoir plus rien à défendre, et se fait du mourron pour sa fiancée/sa femme/sa fille/son fils/sa mère.
OK. Mais à force de voir tous ces gens en cravate et en treillis patauger et paniquer, on se lasse et on a juste envie que tout pète enfin, puisqu'en fait il n'y a jamais eu d'autre issue depuis 1952.
Un film qui malgré ses ambitions eschatologiques restera probablement anecdotique. Un film Netflix quoi. J'ai pas aimé Oppenheimer, mais sur le même sujet la dernière phrase du film m'avait largement plus fait froid dans le dos.
Dommage, j'aurais vraiment aimé voir Stringer Bell sauver le monde de la destruction atomique, ça aurait été un petit kiff personnel.