A l'heure où la paix dans le monde est gentiment invitée à repasser plus tard et où acheter des actions dans l'armement est une valeur d'avenir, Kathryn Bigelow ressort le spectre de la peur de l'arme nucléaire. Une recette très à la mode dans les années 60, dont la satire de Kubrick "Dr Folamour" est aujourd'hui la plus connue. Mais si Bigelow a dépoussiéré un vieux film, c'est plutôt celui de Sidney Lumet "Point limite", où la mise en scène s'interroge sur le facteur humain au moment d'appuyer sur le bouton. Bigelow va astucieusement croiser son scénario avec le concept du montage multi point de vues de "Cours Lola cours". Indubitablement cela rajeunie le film de Lumet, dont la mise en scène assez bavarde a bien vieillie. Bigelow parvient à conserver la tension du scénario, alors même que l'on ne voit jamais la menace, c'est même pour cela que le film marche, le doute de la réalité reste toujours omniprésent.
Cependant le fait que le seul interlocuteur étranger à apparaître dans le film soit russe, donne un air de guerre froide réchauffé au film. Et certains personnages n'évitent pas la caricature (le général des armées, le consul russe). Là où cela passait chez Kubrick sous couvert de la comédie, ça passe beaucoup moins bien ici.
On peut aussi reproché une mise en scène assez approximative dans un timing sensé se dérouler en 20 minutes. Quand je vois ce que je peux faire en 20 minutes dans ma vie, j'ai un peu de mal à avaler ces multiples réunions et tout ce remu ménage aux quatre coins des Etats-Unis dans ce délai...