Conte moral sur la reproduction sociale comme reproduction du mal, une étude un peu démonstrative du capitalisme émotionnel qui opère un détachement psychique globalisé. Dans une culture du détachement qui fait passer l'évanescence des relations et des affects pour le résultat d'un calcul rationnel de gains et de pertes.
Un portrait de famille qui interroge le normal devenu la banalité du mal.
Il est interressant d’ailleurs que le thème résonne partout puisqu’il s’agit d’une adaptation d’un roman néerlandais, qu’il a été adapté là bas au théâtre et déjà auparavant au cinéma en Italie et aux US. Slowburn aux accents de chabrol avec cette hypocrisie bourgeoise qui explose à la moindre crise, sans la finesse existentielle ni du hors champ ni de l’acte gratuite à l’arbitraire absolu camusien, une nouvelle œuvre qui creuse la désensibilisation collective sous la pression des injonctions intériorisées de performance des parents, l’impunité de l’argent qui éponge le sang (des autres) et la déréliction éthique générale qui fabrique du Patrick bateman à la chaîne, les enfants biberonnés à tutube. Sans manquer de retournements tordus, surtout pour se réveiller dans la dernière demi heure, l’intrigue mise sur la rivalite fraternelle entre un chir’ irréprochable qui sauve les petits zenfants et un avocat du diable parvenu, jusqu’a un incident implicant leurs enfants qui fait tomber les masques. La mise en scène va suivre un peu ce duel a force de symétrie, parfois pertinente, parfois paresseuse, et se perd vers la fin à choisir entre émotion des close up pour en révéler la simulation plus tard, et l’hésitation de faire exister ses protagonistes tel des marionnettes au destin dans ces décors ultramodernes, aparts de verre et d’acier sophistiqué ou restau Michelin au blanc clinique désincarné. A trop vouloir rivaliser sur les différents tripes de son modèle Boon Joon Ho qui maîtrise ces compos d’enfermements moral et mental oppressante comme personne, mais sans jamais l’égaler, le film peine à trouver un rythme convaincant et une exposition crédible de la psychologie de ses personnages, car en cadrant sur un naturalisme raide la mise en scène fini surtout par mettre en avant l’écriture trop théâtrale et souligner les switchs de comportements très artificiels de chacun d’entre eux. Si le glissement en miroir des positions de chaque frère devenant le négatif de chacun fonctionne, ce n’est pas le cas de chacun, et après une exposition qui installe une characterisation très nette de toute la famille, sans être laborieuse, la deconstruction qui structure le reste de l’intrigue laisse un goût amer de mécanique bien trop binaire. Le fond rattrape pourtant le projet un peu lourd en explorant la figure du père médecin dont la pureté de la position laissera délicieusement place à un portrait d’une belle justesse, là où l’avocat se révèle le plus humaniste malgré le cynisme « réaliste », pour reprendre ses mots, font de lui et de son évolution le plus cohérent d’entre tous, habileté qui nourrira la violence du dénouement.
Le médecin dont la mère atteinte d’alzheimer nous avertit malgré sa démence, attention il est calme mais c’est un enragé, se retrouve piégé par son propre fils qu’il a délégué de tuteur en tuteur pour ne s’occuper de sa carrière et donc de sa pureté de sauveur intouchable, qu’au détriment de ses relations elle même conceptuelles, lorsque celui ci lui promettra de devenir médecin à son tour, le miroir est parfait et lui même est satisfait tandis que le fils simule sa partition avec perfection pour éviter la prison. Le portrait de la genZ est plutôt éprouvant, le dernier quart d’heure offre un retournement de situation sidérant qui fait toute la saveur du film, et qui comme sa choquante séquence d’ouverture atteste des fruits de cette indifférence transgenerationelle qu’exige la réussite aujourd’hui dans le monde néolibéral ultrproductiviste. La boucle est bouclée un peu trop proprement, mais de façon saisissante, on pense à Mother pour l’aveuglement, et à Ghost Writer pour l’impunité calculée.