Nous sommes face au troisième long métrage de Leyla Bouzid. C’est un face à face enrichissant et qui donne à réfléchir complètement !Vraiment ! La vraie richesse ! Celle du cœur et des neurones éveillés par ce film authentique et intense !Celle qui ruisselle entre nos émotions ainsi élevées et partagées dans la salle de cinéma ,puis en nous, plus profondément ,et vers autrui , simplement ! Il existe des longs métrages qui nous rendent meilleurs ! Ainsi va À voix basse , tranquillement ! Je suis amoureux du message de cette œuvre cinématographique délicate , puissante et ciselée ! Je suis en émoi face à certaines positions des caméras, face aux moments sublimes de surimpression visuelle, face à certains plans séquences, face à cette maison , ainsi filmée avec vie et amour , face aux actrices et cetera ……..
« ….c’est juste de l’amour…. »
Oui ! Cela n’a point de volonté de militantisme abscons ou superficiel,mais cela plaide, avec brio et sans artifice , en faveur d’une vie essentiellement choisie ! Choisir sa vie autant que vivre se peut et se veut !Voilà l’essence de l’essentiel , à savoir la bienveillance lucide , hors des pensées clichés stériles , réductrices et intégristes ! Cela se métamorphose par une puissance intellectuelle et sensorielle à fleur de mot , à fleur de peau, à fleur de regard , à fleur d’idée et à fleur de vie ……..
À voix basse et son trio incroyable d’actrices !
Eya Bouteraa campe , avec justesse et volonté , Lilia qui revient à Sousse en Tunisie où bouillonne sa famille au sein d’un habitat témoin de tout , entre deuil et vie ………
Marion Barbeau incarne , avec force , subtilité et générosité,Alice , compagne de vie de Lilia et Wahida , mère de Lilia est interprétée ,avec rugosité et densité , par Hiam Abbass.
À voix basse et ses musiques qui sont des vrais personnages sonores et qui soulignent que Lilia va comme elle peut et , parfois , comme elle veut pour faire connaître ses choix sentimentaux de vie ! Oui ! C’est un film qui magnifie la vie ! Humblement et profondément………
Leyla Bouzid est une réalisatrice qui compte ! Qui conte aussi ! Qui raconte la vie et ses péripéties ….
Son premier long métrage ( À peine j’ouvre les yeux) étincelait de promesses….Promesses tenues avec Une histoire d’amour et de désir, étonnante seconde oeuvre cinématographique originale et inspirée qui balaie tout le prêt à penser , sans ostentation , mais avec délicatesse et détermination tranquille et méditative…..
Marion Barbeau et son soleil intérieur !
Danseuse, classique et contemporaine, de très haut niveau ! Au moins 1 mètre 68 , sans talons… mais avec talent !Cédric Klapisch lui propose , une fois ou un beau jour réellement beau , le rôle principal d’En corps ! Quelle belle intelligence et prégnante intensité de jeu pour une « presque novice » en qualité d’actrice du septième art (2022 )!Ici et maintenant, elle devient solaire, précise et complètement dense . Différemment mais aussi puissamment que dans Drone de Simon Bouisson. ……..
Eya Bouteraa est une débutante en cinéma !
Elle débute avec ce rôle principal ! Quels débuts brillants ! Chapeau l’artiste débutante…… En fait , avant ce film , elle a fait une très courte apparition dans Les enfants rouges , en 2024, de Lotfi Achour ……
Ah…Encore un film de femme !? Je vois certains qui pensent forts à cela …….Je pense et j’écris, ah , ah , ah…avant tout À voix basse …….C’est un film très intéressant, important et qui donne à réfléchir sans frein et avec un authentique humanisme comme solide fondation ….
Ah ..oui …au passage …Le jour où la réalisation de longs-métrages ne sera plus incarnée minoritairement par des femmes , le patriarcat sera , enfin, remis à sa place …Il y a encore du taf !!!!!!!!!!!!!#MeToo et cetera..merci …mais il convient de continuer sereinement……
Lisons ce que dit Leyla Bouzid au sujet des influences artistiques qui nourrissent son art:
« …..Il y a plusieurs cinéastes …Léos Carax, Chris Marker ou Wong Kar- Wai. J’aime beaucoup les films de Moufida , Tlatli et de Nouri Bouzid ……… ».( cf le site Soufle inédit ).
Idem pour Eya Bouteraa :
« …..Ça fait du bien d’être dans un cocon, dans un regard doux sur les femmes, on dirait qu’un nuage te prend et te caresse …..Je communique beaucoup avec le rire et le sourire parce que c’est une arme et une forme de résistance dans la vie .Je ne veux pas abdiquer face aux violences du monde …. »( cf Trois couleurs).
Itou pour Marion Barbeau :
« …J’ai vécu un moment de transe …. » (cf Le Parisien du 22 avril 2026).
Et , également, je vous recommande vivement une excellente émission d’Eva Bester , sur France Inter, qui dialogue avec cette acrobate, danseuse et actrice solaire , précise et modeste ( Cf . Eva Bester / la 20e heure du 21 avril 2026 sur France Inter et , par ailleurs, une émission du 26 septembre 2024 sur France Culture au sujet de son interprétation dans Drone ).
Rappelons qu' en Tunisie , aujourd'hui, l'homosexualité est illicite.
Au fil des sillons de vie de tout quidam un tantinet curieux et humain tout simplement , À voix basse vous invite et vous incite à parler de ce beau film , de vive voix , à voix haute ou par écrit , intelligiblement et sincèrement !
Merci pour la lecture.
Gérard Michel