Suite au décès de son oncle Daly, Lilia se rend dans son village en Tunisie pour assister aux funérailles. Elle découvre alors que son oncle est mort dans des circonstances étranges, probablement liées à son homosexualité, connue de la famille mais encore traitée comme un tabou. Lilia décide alors d’enquêter sur la vie de son oncle, enquête qui la confronte inévitablement à sa propre problématique : son homosexualité. En effet, Lilia est venue avec sa conjointe Alice, qui l'accompagne discrètement en restant à l’hôtel. A travers la compréhension de la vie de son oncle, Lilia trouve petit à petit la force de s’accepter et d’affronter les normes conservatrices de son pays et de sa famille.
La trame est montée sur le parallèle entre la vie de Daly, qui n’a pas pu s’assumer comme il était et a dû renoncer à son grand amour, et la vie de Lilia, qui ne parvient pas encore à s’ouvrir sur son orientation sexuelle. La figure de la grand-mère est très importante en tant qu’elle représente la pensée conservatrice qui voit l’homosexualité comme une tare, un fléau qui cause la honte de la famille. Cette grand-mère, il ne faut pas la froisser car elle est “fragile”, remuer l’homosexualité de son fils décédé est donc inimaginable. Ce personnage nous pose la question qui est pour moi la plus importante du film : Défendre ses croyances peut-il justifier le malheur de son propre enfant ?
C’est là que la figure de la mère de Lilia apparaît, jouant le lien entre une ancienne génération très religieuse et fermée et la génération de Lilia. Lorsque celle-ci apprend que Lilia est en réalité en couple avec Alice, elle ne supporte pas qu’on lui ait caché cette vérité et décide de ne plus parler à sa fille. Ce n'est que lorsque Lilia s’emporte contre la police, ouvertement homophobe, que sa mère comprend la profondeur de sa souffrance. Par ces mots “Je reste avec ma fille.”, elle brise un schéma familial de silence et de frustration. Le bonheur de sa fille est le plus important : le cycle est brisé.
La présence d’Alice en Tunisie n’est pas anodine, elle permet au spectateur d’observer la dichotomie d’ouverture d’esprit entre l’occident et les pays musulmans en ce qui concerne l’homosexualité. Personnage très naïf, presque énervant, Alice arrive avec des yeux d'enfants sans comprendre le risque que prendrait Lilia à s’assumer dans son village natal (l’homosexualité étant encore punie par la loi). Il est toujours intéressant de remettre en perspective notre liberté.
Finalement, la vie de Daly est une dépiction de ce qui arrive lorsque l’on “bâtit” la vie de son enfant pour soi, pour sa réputation, pour ses convictions sans vraiment chercher à le comprendre. La vie est courte, tout le monde mérite sa chance d’être heureux, et c’est avec des films comme celui-ci qu’on fait avancer les mentalités. L’amour ne devrait pas être un privilège.
Malgré une dynamique parfois un peu trop lente, les plans et les couleurs sont absolument magnifiques et la musique porte le film à un niveau supérieur. Petit bémol en ce qui concerne la relation entre Alice et Lilia, qui est peut être desservie par un manque d’alchimie entre les actrices (ce qui délite un peu la crédibilité de leur histoire). Hiam Abbass, qui joue la mère, est à l’inverse assez exceptionnelle et porte, à mon sens, toute la profondeur de ce film.
It is always better to speak, aussi faut-il avoir les clefs.