Avec son troisième long métrage, À voix basse, Leyla Bouzid poursuit son parcours impeccable de réalisatrice, à la fois engagée, mais aussi toujours portée sur la veine romanesque. C'est dans la maison de sa propre grand-mère, à Sousse, que la cinéaste tunisienne a tourné une grande partie des scènes d'un film qui évoque la famille, à travers sa solidarité, mais aussi tous les secrets plus ou moins enfouis qu'elle tait, ces mensonges qui ne sortent du placard qu'avec peine, ne seraient-ce que parce qu'ils constituent une atteinte au Code pénal tunisien, plus précisément de l'article 230 relatif aux relations intimes entre personnes de même sexe. Vu son sujet, À voix basse ne sortira hélas pas dans de nombreux pays, y compris européens (Pologne, Hongrie), sans même parler du monde arabe. S'il s'agit d'une œuvre militante, le film est aussi une superbe leçon de mise en scène, élégante et sensuelle, avec une subtile utilisation des flashbacks, tout en faisant également la part belle aux interprétations féminines. Eya Bouteraa constitue ainsi une révélation majeure, au côté de la remarquable Marion Barbeau, qu'on espère revoir de plus en plus souvent. Et puis, royale, Hiam Abbass montre une fois de plus qu'il n'y a pas de rôle secondaire avec elle. Voudrait-elle livrer une prestation ratée qu'elle en serait bien incapable.