Comme beaucoup de films de SF/Anticipation, "Acide" commence par une idée bien sympa, bien chelou : Et si dans un avenir peut-être proche, on se ramassait des pluies vraiment carrément acides sur la tronche, qu'est-ce que ça ferait, hmm ?
Le réalisateur s'en tire très bien au début, lorsqu'il déroule les premières implications de son idée — même si elles sont classiques et très orientées «public citadin-stressé-avec peu de neurones» : panique en bagnole, méga-stress de "mais comment je vais recharger mon téléphone portable ?", exode désordonné sur les routes... C'est assez bien vu et filmé avec un réalisme très convaincant.
La suite l'est un peu moins (convaincante), voire beaucoup moins... Peut-être est-ce parcequ'on a le sentiment qu'il ne sait pas trop comment continuer à dérouler la logique qu'il a initiée. Effectivement, avec une pluie acide qui fait tout fondre (même le toit des maisons en bois, même le plastique, qui est quand même plutôt résistant à l'acide...faudra qu'on m'explique) ça sent l'impasse à plein nez.
Outre la difficulté à faire "tenir" la logique de son scénario, l'autre problème, est qu'il tombe bien vite dans les clichés du genre dont 2 qui ont le don de me désespérer :
1. l'égocentrisme forcené de 99,9% des films du genre, dans lesquels le noyau familial devient la valeur suprême, le divin centre du monde autour duquel s'organise l'histoire et face auquel tout le reste peut s'effondrer, au sens propre si possible.
Peu importe les autres, ils ne sont présentés que comme un obstacle à la survie du héros. Ils peuvent crever à foison sur le bord de la route, le film n'en a cure et ne se focalise que sur une chose et demie :
a) Est-ce que bidule va parvenir à maintenir en vie sa gamine hystérique avec ses bottes en plastiques ?
a') Est-ce qu'il va arriver a retrouver sa compagne.
C'est tout. À aucun moment ne se pose la question : comment pourrait-on aider/s'entraider dans de telles circonstances ? Ou faire en sorte de s'associer, s'organiser pour trouver des solutions. Pourtant, avec un peu d'imagination, cela pourrait constituer d'excellents leviers scénaristiques. Et il n'est pas irréaliste de penser qu'un certain nombre de personnes pourraient raisonner ainsi.
Non. Le réalisateur partant du principe qu'il fait un film pour des cons égocentriques, passionnés par la vie de leur téléphone portable et de leur(s) poussin(es), nous livre les pérégrinations titubantes de cons égocentriques, en butte à des problèmes de smartphone (batterie/réseau) et de gamine en pleine crise d'adolescence, qui, au mieux, rencontre d'autres cons/connes égocentriques.
Le film catastrophe restera encore longtemps le terrain d'élection des misanthropes.
2. Autre sempiternel travers des films du genre : le crétinisme chronique des héros dont les choix sont proches de ceux d'une poule sur un bateau devant traverser l'atlantique : (plouf).
Face à une situation donnée, ils s'évertuent à faire le choix le plus con qui soit. Font à peu près tout ce qui ne faut pas faire. Et là encore je pointerais du doigt le manque de confiance des réalisateurs dans leur public. Supra-intelligents comme ils se pensent, supra-cons comme ils voient leur public, ils se disent : Si bidule fait un choix intelligent, on va paumer 50% de la salle.
Exemple au hasard : lorsqu'il prend sa bagnole, pourquoi ne pas faire celui de NE PAS la prendre ou d'éviter de rouler en plein champ, la nuit dans une campagne inconnue ?
Je vous assure qu'il fait ça :
il prend une bagnole qu'il a jamais conduite, de nuit, sous la pluie, et il s'aventure DANS UN CHAMP... en Belgique ! L'endroit pas excellence où les champs sont gorgés de flotte...
Fallait-il tant d'imagination pour trouver un autre chemin pour faire en sorte que le héros
se retrouve à l'hôpital ?
Comme on fait des films pour Monsieur/Madame Tout le monde, on met en scène des gens qui leur ressemblent, selon les préjugés que l'on a leur égard: des cons !
Merci pour les préjugés.
Merci pour la confiance dans le public.
C'est pourtant une grave erreur, car les meilleurs films à suspens, sont ceux qui se basent sur l'intelligence du public, et jouent avec elle pour dérouler des scénarios tout en finesse.
Cette confiance dans le cinéma et dans les spectateurs, ce choix de la finesse, Just Philippot n'en a cure, occupé qu'il est par sa démonstration moralisatrice sur fond de crise climatique. Mais son film perd du coup toute saveur, et se termine en queue de poisson faute d'avoir pu construire un scénario crédible, alors qu'il partait sur une bonne idée et disposait de bons acteurs pour la mettre en scène.