En l’an 2012, la société ne prend en compte que les personnes belles et riches et marginalise tous les autres. Action Mutante, un groupuscule terroriste réunissant des personnes handicapées, kidnappe la fille d’un riche industriel…
En 1991, Álex de la Iglesia réalise un premier court métrage, qu’il présente à Pedro Almodóvar. Séduit, ce dernier décide de produire le premier long métrage de ce jeune inconnu : ce sera « Action mutante ».
Ce premier film est un mélange explosif de film de gangsters, de science-fiction, de western, d’épouvante et de comédie, porté par une intrigue totalement invraisemblable et une galerie de personnages grotesques, pathétiques et violemment caricaturaux. Cette démesure est magnifiée par une mise en scène d’une rare énergie, un montage nerveux, un humour noir féroce et une hystérie permanente qui annoncent d’emblée la signature visuelle et thématique d’Álex de la Iglesia.
Derrière son apparente farce anarchique, « Action Mutante » propose une satire sociale particulièrement acide, visant autant la dictature de l’apparence et du consumérisme que les dérives absurdes des discours révolutionnaires vidés de leur sens. Le film se moque ainsi à la fois des élites arrogantes et des marginaux devenus eux-mêmes violents, sectaires et autoritaires. Le gag du syndrome de Stockholm, détourné de manière cruelle et hilarante, constitue l’un des sommets comiques du film et résume parfaitement cette logique de renversement ironique, où même les mécanismes psychologiques les plus sérieux deviennent matière à grotesque.
Un film franchement foutraque, excessif et jubilatoire, qui a obtenu trois Goyas (meilleurs effets spéciaux, meilleur maquillage et meilleure direction de production), et qui demeure aujourd’hui encore l’une des œuvres les plus radicales et les plus débridées du cinéma espagnol des années 1990.