Adagio
6.8
Adagio

Film de Stefano Sollima (2023)

Voir le film

Revenant à Rome et à ses amours maffieuses après une incursion hollywoodienne à moitié probante (la suite de Sicario, plutôt réussie, et Sans aucun remords, nanar de commande à oublier pour l’éternité), Stefano Sollima signe pour l’occasion un polar noir et mélancolique en forme de tragédie filiale, le tout sur fond de canicule et d’avant-goût d’Apocalypse (rien que ça). Car pendant que les incendies de forêts font rage aux alentours de Rome, accablée de chaleur et régulièrement perturbée par des coupures de courant, les destins de plusieurs personnages vont se (re)croiser et se rentrer dedans, révélant la corruption, l’inimité et le goût de la vengeance qui gangrènent les rapports humains.

Seul espoir : une jeunesse qui refuse cette transmission de la violence de leurs pères ; d’une société qui ne fait plus de cadeaux. Manuel, 16 ans, est traqué par trois flics ripoux (ripoux par nécessité davantage que par pure vénalité) après avoir compromis un projet de chantage contre un politicien (auquel il participait malgré lui). Un ami de son père, ancien parrain désormais déchu et gâteux, l’envoie chercher de l’aide auprès de Cammello qui travailla, il y a longtemps, pour son père avant que celui-ci ne le trahisse. Sollima et son scénariste Stefano Bises orchestrent patiemment (le film ne s’appelle pas Adagio pour rien) les enjeux, tensions et rancœurs qui s’opèrent entre des hommes (les femmes n’ont quasiment pas leur place ici ; ici on baigne dans une masculinité du monde d’avant) à la poursuite de leurs illusions perdues et d’une vaine rédemption.

Et Adagio raconte surtout ça, la fin d’un règne, la chute d’un empire, et d’un changement possible à l’horizon. Les hommes et les pères sont fatigués, usés ou malades (cécité, sénilité, cancer…), comme expiant leurs péchés pour finir emportés par leurs démons. On n’est pas, dans Adagio, dans un film de mafia à l’ancienne (Le parrain) ou plus actuel (Gomorra), un film avec règlements de comptes pour l’honneur et trafics en tous genres. On est dans un film de survie. Les flammes qui entourent Rome et les cendres qui tombent du ciel font office à la fois, certes sans grande finesse, de présages funestes et de renaissance. Sollima filme sec et crépusculaire. Sollima filme des corps en souffrance et des âmes en sursis, s’agitant dans un monde lui aussi à l’agonie dont subsisterait quelque espoir d’un avenir plus apaisé.

Article sur SEUIL CRITIQUE(S)

mymp
7
Écrit par

Créée

le 17 juin 2024

Critique lue 143 fois

mymp

Écrit par

Critique lue 143 fois

5

D'autres avis sur Adagio

Adagio

Adagio

7

mymp

1216 critiques

Regarde les pères tomber

Revenant à Rome et à ses amours maffieuses après une incursion hollywoodienne à moitié probante (la suite de Sicario, plutôt réussie, et Sans aucun remords, nanar de commande à oublier pour...

le 17 juin 2024

Adagio

Adagio

9

Christophe_Mull

20 critiques

Critique de Adagio par Christophe Muller

Une fois de plus, Stefano Sollima tue le game du polar réaliste ; qu'un tel réalisateur, réussissant à allier avec autant de brio fond et forme, passe encore ainsi sous le radar me dépasse. J'en...

le 20 mai 2024

Adagio

Adagio

2

estonius

6585 critiques

Où est le plaisir du cinéma là-dedans ?

Il semblerait qu'il y ait une certaine hype (à moins que ce soit tout simplement du snobisme) autour de ce film. Parce qu'enfin quoi, posons-nous la question : Où est le plaisir du cinéma là-dedans ...

le 21 mai 2024

Du même critique

Moonlight

Moonlight

8

mymp

1216 critiques

Va, vis et deviens

Au clair de lune, les garçons noirs paraissent bleu, et dans les nuits orange aussi, quand ils marchent ou quand ils s’embrassent. C’est de là que vient, de là que bat le cœur de Moonlight, dans le...

le 18 janv. 2017

Gravity

Gravity

4

mymp

1216 critiques

En quête d'(h)auteur

Un jour c’est promis, j’arrêterai de me faire avoir par ces films ultra attendus qui vous promettent du rêve pour finalement vous ramener plus bas que terre. Il ne s’agit pas ici de nier ou de...

le 19 oct. 2013

Seul sur Mars

Seul sur Mars

5

mymp

1216 critiques

Mars arnacks!

En fait, tu croyais Matt Damon perdu sur une planète inconnue au milieu d’un trou noir (Interstellar) avec Sandra Bullock qui hyperventile et lui chante des berceuses, la conne. Mais non, t’as tout...

le 11 oct. 2015