Curieuse bizarrerie issue du cinéma soviétique pré-propagandiste et fable à consonance science-fictionnelle adaptée d'un roman de Tolstoï (mais pas Léon : Alexis Nikolaïevitch). Comme un cousin éloigné d'un "Voyage dans la Lune" en version martienne, et dont le récit trouve son origine dans un mystérieux message capté en provenance vraisemblable de l'espace par l'ingénieur protagoniste entre autres. Tout part de là : "Anta... Odeli... Uta". Et quand on connaît à la toute fin la signification de ces termes étranges et obscurs, il y a de quoi rigoler, quand même. Spoiler alert : il s'agit en réalité d'une publicité pour des pneus. Et autre spoiler alert : tout le voyage cosmique entrepris par le héros, déçu par sa femme, qui se barre sur Mars pour découvrir une société totalitaire et y mener une révolution (communiste, bien sûr), se cantonne à son imagination. Bon, c'est quand même un peu dommage d'encapsuler l'ensemble de la sorte, certes il y a le petit parfum comique de la boutade qui n'est pas tout à fait déplaisant, mais il y a inexorablement ce petit air de "tout ça pour ça" malgré tout. Quand on prend en compte tous ces éléments, "Aelita" s'apparente à un mélodrame muet quelque peu décharné, dont la principale curiosité tient aux décors et aux costumes assez incroyables : on imagine le budget conséquent pour alimenter cet imaginaire futuriste dont l'esthétique fait très art nouveau — on pense beaucoup au style de "L'Inhumaine" par exemple, réalisé par Marcel L'Herbier et sorti la même année, en 1924. L'argument de SF laisse quand même libre cours à quelques particularités notables, comme l'allusion sans détour aux conditions difficiles dans la ville soviétique (surpeuplée, surtout) ou encore cette disposition pour le moins singulière de la société martienne qui expédie au congélateur les travailleurs inutilisés.