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Oui, la vraie question est celle-ci : que vaut une institution qui demande d’abord le silence ?

Ça commence doucement. Trop doucement. Une horloge, un dîner universitaire, des rires polis. Une chorégraphie sociale où chacun connaît son rôle. Alma (Julia Roberts) y règne — calme, solide, presque intouchable. Une femme que l’on écoute, parce qu’on l’a toujours écoutée. Mais dans le hors-champ, quelque chose remue déjà. Puis Maggie (Ayo Edebiri) parle — pas fort, mais avec un courage presque physique. Elle accuse Henrik (Andrew Garfield). Les mots tombent comme une pierre sur du verre. La pièce se fige. Et immédiatement, le système se met en défense. Avant toute écoute. Avant toute enquête. Avant tout courage. Le cœur du film est là : dans la rapidité avec laquelle une communauté brillante choisit la protection de son image plutôt que le risque de regarder en face. Réunions, couloirs, portes fermées — la rumeur devient politique. On parle de procédure, jamais de douleur. On parle de réputation, jamais de vérité. La bande-son de Reznor & Ross transforme ce huis clos en tension continue : pulsations métalliques, souffle mécanique, battement qui ressemble à une alarme que personne ne coupe. Alma lutte avec elle-même. Elle a construit sa vie dans cette institution. Elle y croit encore. Elle veut croire qu’elle sait reconnaître le vrai. Mais Maggie ne lâche pas. Et c’est cette résistance qui fracture l’édifice. Je sais que nombreux sont ceux qui diront que le film manque de résolution nette — mais c’est précisément là qu’il frappe le plus fort. Parce qu’exiger une réponse claire, c’est vouloir refermer la plaie trop vite. La scène d’hôpital ouvre une brèche — Alma voit ce qu’elle n’avait jamais voulu voir. Et le final, dans la neige, montre deux silhouettes séparées par un silence immense. Pas de victoire. Pas de pardon. Juste l’espace nécessaire pour comprendre que le courage ne vient pas toujours d’où on croit. Alors oui, la vraie question est celle-ci : que vaut une institution qui demande d’abord le silence ? Et la brûlure qu’on garde après le générique reste longtemps dans la gorge. Ma note : 12 / 20


🔴 https://www.youtube.com/playlist?list=PL20YyCbDV6ECMvmhSuCu8WtMbVtItUgMD

Le-General
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