Cette version de "Alice au Pays des merveilles" est pour moi de loin la meilleure à avoir été portée à l’écran, et le chef-d’œuvre de la carrière de l’artiste multiforme Jan Švankmajer, qui avait déjà adapté "Jabberwocky" en court-métrage, et dont ce film marque la première tentative de long-métrage.
Il s’agit d’un film expérimental tchèque, hybride de live-action et d'animation, inspiré du roman culte de Lewis Carroll, qui arrive à retranscrire l'âme originelle de l'œuvre sans exactement suivre la même trame narrative, et surtout de sa version la plus onirique et dérangeante.
Loin d’être une version conte de fées familiale comme la plupart de ses incarnations influencées par le classique de Walt Disney, c’est un film bien plus proche de l’atmosphère étrange d’un rêve : un monde peuplé de créatures bizarroïdes en stop-motion, des lieux étroits et étouffants, plus abstraits et décolorés que notre image habituelle du Pays des merveilles, et une ambiance indéfinissable où s’enchaînent des situations dénuées de logique.
Cela vient du fait que le réalisateur avait été déçu par les précédentes adaptations de l'œuvre, trop morales et manichéennes à son goût, ce qui l'a donc poussé à exprimer sa propre interprétation de l'aventure d'Alice.
Le travail de ce maître du surréalisme, génie du stop-motion, qui mélange les techniques et les matières, sera une influence majeure sur le cinéma de Tim Burton et Terry Gilliam, entre autres.
Une vision de l’enfance loin de l'innocence idéalisée, où l’imaginaire devient un territoire inquiétant et instable. Une relecture hypnotique et fascinante, qui obéit aux lois du rêve plutôt qu’à celles du récit.