Lorsque l’on s’inscrit dans le cadre d’une franchise cinématographique, plusieurs écueils se dressent sur la route du réalisateur et de son équipe. Il y a le risque de perdre l’essence de la série en ne faisant que du neuf, fâchant la communauté de fan, celui de ne rien changer, de rester totalement fidèle aux autres opus et d’être accusé de posséder un manque cruel d’imagination et également celui d’avancer pas à pas, frustrant les spectateurs qui veulent voir un important renouveau et ceux qui préfèrent une œuvre totalement fidèle. Bref, c’est compliqué de faire l’unanimité. Ridley Scott avait donné cette désagréable impression d’être coincé le cul entre deux chaises avec son dernier opus Prometheus. Alien : Covenant, sa suite directe, ne rehausse malheureusement que légèrement le niveau.
Le vaisseau spatial Covenant, transportant 2000 colons et plus de 1000 embryons humains, est violemment endommagé par une explosion solaire alors qu’il lui reste 7 années de voyage avant d’atteindre sa destination. Les membres de l’équipage sont donc réveillés de leur sommeil cryogénique par Walter, un androïde. Le vaisseau va alors capter une transmission venant d’une planète inconnue dont les caractéristiques semblent la prédisposer à une colonisation. Le capitaine Oram décide donc de partir explorer cette planète et de trouver la source du signal. Forcément, l’expédition ne se passera pas aussi bien qu’il l’espérait...
L’excellente première partie du film donne envie d’y croire jusqu’à la scène de confrontation entre deux xénomorphes et l’équipage de la navette d’exploration. La suite, après l’arrivée d’un invité mystère, tend à se perdre dans une frénésie tant sur le fond que la forme. Pour le fond, le questionnement universel sur son origine et la volonté d’accéder au statut de créateur sont des thèmes trop ardus à aborder pour les inclure dans une trame scénaristique dont la finalité recherchée semble être la simplicité. Pour la forme, la mise en scène de Scott ne laisse aucun temps mort, n’hésitant pas à tomber dans une surenchère de gore et de violence. On ne peut toutefois pas enlever à Alien : Covenant sa beauté plastique. Une beauté ténébreuse qui ne laisse pas de place à l’espoir.
Le casting a, pour sa part, le plus grand mal à convaincre. L’actrice Katherine Waterston joue ici est un personnage beaucoup trop proche physiquement et psychologiquement de Ripley, icône interprétée par Sigourney Weaver. Les autres membres de l’équipage sont si survolés et caricaturés qu’il aurait été plus simple de leur coller une étiquette sur le front : victime numéro X.
Poussive, l’œuvre culte de Sir Scott risque de perdre peu à peu son aura d’œuvre majeure du cinéma à force de trituration. Sous prétexte de rajouter des pièces manquantes à la saga, le réalisateur se retrouve empêtré dans une série de suite sans fin, bouchant un trou par-ci tout un révélant un autre par-là. Alien : Covenant est tout de même un film de science-fiction horrifique d’assez bonne facture malgré son scénario quelque peu cousu de fil blanc. Mais n’est-il pas légitime d’en attendre plus de la part d’un réalisateur de l’envergure de Scott ?