Cinq ans après un « Prometheus » moribond, personne ne se semblait vraiment attendre une suite. Mais c’était sans compter sur le fait que les producteurs se fichent de ce que les personnes attendent ou pas. Parce que le film a quand même engrangé plus de 400 millions de dollars. Si aux États-Unis le succès ne fut pas vraiment au rendez-vous, à l’international c’est une autre histoire. C’est donc ainsi qu’une énième entrée dans la saga voit le jour et tout aussi inutile que soit cette suite, et bien elle existe et fait désormais partie du canon. C’est triste, mais c’est comme ça, il faut dorénavant composer avec cette seconde préquelle, épargnons-nous, encore une fois, les spin-offs avec Predator.
Il est à noter que, pour cette nouvelle production, le changement de stratégie fut radical, alors que « Prometheus » cherchait par tous les moyens à se démarquer de la saga, en voulant exister par soi-même, ici c’est fondamentalement l’inverse. Le fait de ne pas avoir été vraiment très clair sur les intentions de « Prometheus » avait un peu perdu une partie de l’audience, ce qui peut expliquer ses résultats très moyens au box-office étatsunien. « Covenant » s’impose dès lors comme une sorte d’aveux d’échec, puisque cette fois est pleinement jouée la carte de la nostalgie, avec une volonté de tout faire pour raccrocher les wagons, au point même d’utiliser avec insistance le thème musical d’« Alien » par Jerry Goldmsith et la tête du xénomorphe sur l’affiche.
Ridley Scott tente ainsi lamentablement de recapter l’ambiance si riche de son œuvre de 1979, au point que ça devienne cette fois too much. C’est vraiment tout ou rien, on part d’un film qui rejette son héritage, parce que Ridley Scott refusait d’admettre qu’il faisait un « Alien », et voulait en quelque sorte lancer une sorte d’idée alternative pour explorer les origines de la saga. Et maintenant, avec « Alien : Covenant », qui est une suite directe, il vient reconnecter la franchise à « Prometheus ». Pour ce faire, il offre un pied de nez complètement naze, ainsi qu’une séquence de 10 secondes qui rend tout son propos et ses efforts bien inutiles.
C’est vraiment à se questionner sur ce qui est passé par la tête des producteurs derrière ce film, mais aussi tout le processus créatif. Du scénario à la réalisation, « Alien — Covenant » ne fait qu’enchaîner les poncifs les plus éculés d’une Science-Fiction cinématographique qui n’en demande pas tant. Le genre est suffisamment rare, et les bons films dans le genre, encore plus, pour essayer de faire un minimum d’effort, surtout avec un budget relativement confortable. Le métrage a couté 97 millions de dollars, soit 33 millions de moins que « Prometheus », ce qui reste quand même pas mal. Bon, par contre, ce fût un gros bide aux U.S.A, avec seulement 74 millions de recette, comme quoi, cette nouvelle stratégie n’a dupé absolument personne.
En tout et pour tout, « Alien : Covenant » s’avère un excellent film de Science-Fiction pendant quarante minutes. Sur un ton hard S.-F. des plus bienvenues, le récit parvient à se mettre en place naturellement, dans le cadre d’une superbe production design, et de magnifiques décors naturels. Toute l’exposition reprend d’ailleurs à la lettre la recette du premier « Alien », du réveil prématuré des membres d’équipages au message de secours, en passant par l’exploration d’une planète hostile. Mais pourquoi pas, ça fonctionne, c’est efficace, et ça peut amener tout un tas de nouvelles péripéties. Ça permet de remettre les spéctateurices dans l’ambiance, en terrain connu, et hop, y’a plus qu’à envoyer la sauce.
En réalité, c’est exactement ce qu’il se produit, après il y a peut-être le facteur d’avoir envie d’y croire, qui rentre en compte. Mais dans les faits, le début est vraiment super, y’a quasiment rien à dire, ça ressemble à « Alien » et on est devant spécialement pour ça. Mais une fois les protagonistes introduits, puis que le lieu exposé, et bien là, précisément, en l’espace d’à peine cinq minutes, dès lors que les quelques personnages ont posé le pied sur la planète, ça devient la foire du slip, mais du slip sans élastique. Oui, c’est gênant à ce point.
Là, c’est un problème qui vient surtout du scénario, mais y’a quand même un réalisateur derrière la caméra, qui est censé diriger un minimum ses acteurices et ce qu’ils font. Sauf que là, Ii n’y a pas un/une protagoniste qui se montre crédible une seule seconde. Pour préciser, ce sont des colons qui voyagent à travers l’hyperespace dans le but d’aller à la recherche d’un nouvel habitat et découvrir une planète inconnue pour la vider de ses ressources. Ce sont donc des personnes professionnelles, avec un minimum d’entrainement. Pourtant, ils agissent tous comme des campeurs du dimanche, qui ne prennent aucune précaution, allant même jusqu’à jeter des mégots dans une nature immaculée de laquelle ils ignorent tout.
Alors, il y a peut-être derrière ces comportements une volonté de dénoncer la société occidentale, sa quête de profit interminable qui détruit la nature, mais si c’est ça, c’est amené de la pire des manières. Tout simplement parce que, pour que ça fonctionne, il faut que ce soit crédible, c’est tout con hein. Mais si on est en train de se poser des questions sur ce qu’il se passe à l’écran, ça devient plus difficile de s’immerger et donc de pouvoir déceler des petits messages par-ci par-là. Un simple exemple, qui est pour ma part le pire dans tout ce début totalement aux fraises, c’est que ces colons n’ont pas envisagé de procédure de mise en quarantaine. Ils arrivent dans un endroit hostile, littéralement une autre planète, donc vierge de toute présence humaine, où la principale menace peut être, au hasard, des bactéries ? Bref, c’est juste stupide.
Après l’introduction plutôt solide, on réalise assez rapidement que « Alien : Covenant » c’est foutu. Et jamais il ne parvient à redresser la barre, en continuant à se vautrer lamentablement dans sa propre suffisance. Il n’y a aucune cohérence d’ensemble, ce qui rend l’immersion absolument impossible. C’est pourtant là où chaque détail compte et a son importance, afin de construire une atmosphère réaliste et propice, telle que je l’évoquais plus tôt, à véhiculer un message. Ou tout simplement, comme nous sommes dans un « Alien », à capter l’attention de l’audience, qui obnubilée par le réalisme mis en œuvre, se laisse cueillir plus facilement lorsque surgit l’horreur,
Si je me contentais d’être méchant, et franchement, j’ai vu ce film plusieurs fois et à chaque fois ça m’a énervé, donc ce serait légitime, je dirais que le scénario est écrit soit par des enfants de 10 ans, soit par des guignols. Pourtant, ça paraît vraiment étrange, puisque le script est quand même cosigné par John Logan, qui n’est pas n’importe qui. C’est l’un des scénaristes majeurs de notre époque. Mais à y regarder de plus près, il est aussi coécrit par un certain Dante Harper, dont c’est l’unique scénario et qui est… Directeur de production… Pour des making-0f… Bon, inutile de dégommer l’ambulance.
La palme revient ensuite aux séquences avec Michael Fassbender, qui n’est que ridicule, la faute à un script vide et à une direction à la ramasse, mais que sa performance n’aide en rien non plus. Il faut le voir apprendre à jouer de la flute à lui-même pour le croire. Le reste consiste en un ramassis de philosophie de comptoir glanée sur Wikipédia, pour tenter d’intellectualiser un propos qui se résume à : un androïde méchant veut détruire l’humanité pour créer sa propre vie intelligente. Et pendant quarante minutes, en plein milieu du film, il ne se passe plus rien, et c’est le Fassbender show. C’est comme une vaine tentative de donner du corps aux thématiques de « Prometheus » et expliquer la cave avec les œufs au début d’« Alien ».
Alors, pour finir sur une note un tant soit peu positive « Alien - Covenant » offre tout de même quelques fulgurances ici et là, comme son climax terrifiant, qui à l’image du début du film est réellement réussi, mais ça concerne les 3 dernières minutes du récit. La photographie est vraiment somptueuse, très froide, cherchant à reprendre l’aspect mécanique et glacé de l’acier qui compose les xénomorphes. Les décors demeurent superbes, les extérieures n’en parlons même pas. Mais voilà, le métrage n’a absolument rien à raconter et prend deux heures pour le faire. À part se regarder le nombril et jubiler par sa propre intelligence supposée et sa supériorité cinématographique fantasmée, il ne propose pas grand-chose d’autre.
S’il avait au moins fait le pari d’une tournure plus fantasy, plus pulp, cela aurait peut-être pu fonctionner, mais le premier degré et le sérieux avec lequel il est exécuté lui retire toute crédibilité et le moindre intérêt. C’est juste mauvais quoi… C’est du très mauvais cinéma, avec zéro réflexion et très peu de quoi se divertir… L’objectif après « Prometheus » était de faire un film qui amenait bien plus directement vers les évènements du « Alien » de 1979 et « Covenant » devait ainsi servir de second volet à une trilogie. Ridley Scott s’était même avancé à parler d’un quatrième film, qui aurait permis de rendre cohérente la franchise de « Prometheus » à « Resurrection ».
Mais vu le bide et la critique qui l’a dégommé bien comme il faut, plus le fait que Disney a racheté la Fox en pleine préproduction, ben finalement, ce projet n’ira nulle part. Tout ce qu’il reste c’est deux films qui ne font pas beaucoup de sens, puisqu’ils racontent le début d’une histoire, avec une fin ouverte qui n’aura jamais de conclusion, parce qu’elle n’a aucun lien avec les évènements de « Alien ». C’est un peu comme si « Prometheus » et « Covenant » c’était deux spin-off qui se baladent, simples témoins qu’on ne fait pas de « Alien » sans Sigourney Weaver, déjà, pour commencer.
Mais surtout, l’univers créé par Dan O’Bannon et Ron Shusett, c’est avant tout un space opera. Certes il y a une touche sombre, mais qui ne veut pas dire « sérieux », et « Prometheus » comme « Covenant », on fait un pari totalement inverse, en essayant de proposer un gloubiboulga pseudophilosophico ésotérique existentiel. Ben ça ne marche pas, et le meilleur exemple est très certainement le « Resurrection » de Jean-Pierre Jeunet, qui, pour le coup avait tout compris à l’univers, et qui sans oublier d’être sérieux comme il le fallait, parvenait surtout à se montrer généreux et incroyablement pop, soit tout ce qui manque à ce bien triste « Covenant ». En tout cas, le plus positif concernant ce sixième « Alien » c’est qu’il n’aura jamais de suite, et parfois il faut savoir se réjouir des petites choses que nous offrent les gros bides du cinéma.
-Stork_