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le 12 mai 2017
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Le dédale nous égare : Ridley Scott, en retournant à ses premiers amours, ne nous en facilite pas nécessairement l’accès : retour du monstre, suite de son prequel, quête des origines, récit fondateur...
La créature la plus célèbre du 7ème Art est de retour. Mais sa présence suffit-elle à faire du film un opus qui vaut la peine d'être vu ? Faites attention où vous mettez les pieds (oui Chuck, même toi) et embarquez pour une expédition d'où vous ne reviendrez peut-être pas. Les spoilers sont réduits au minimum.
L'humanité est finie
L'intrigue générale ne surprendra pas : les membres d’équipage d'un vaisseau (Covenant) vont découvrir une planète a priori favorable. Un paradis perdu qui va se transformer en enfer une fois découvert. On pourra d'ailleurs se délecter des clins d'oeil à Alien : Le 8ème passager, qui abonde au fil du film, jusque dans l'utilisation de la queue du xénomorphe... Pour autant, le film n'est pas un simple remake du premier opus de la saga.
En effet, un changement s'opère dans la philosophie générale du projet. Le Covenant a pour objectif de coloniser une planète. L'humanité doit se trouver un nouveau chez soi pour continuer à vivre. La question de l'origine présente dans Prometheus s'efface pour donner toute sa place à celle de la survie. Et de survie il en est question dans Alien: Covenant tant les humains présents se font dégommer au fil du film. Ce ne sont plus les humains qui sont les stars.
Le film a alors pour "héros", non pas un nouvel avatar de Ripley mais un anti-Ripley – la revanche de Ash. C'est l'androïde David qui tient le haut du pavé. Dès la scène d'ouverture, riche en symboles (la Nativité de Piero Della Francesca ; le David de Michel-Ange ; L'Or du Rhin de Wagner joué au piano) on voit David parler avec son "géniteur" et évoquer la question qui traverse le film : celle de la création (et d'une supériorité de la créature sur son créateur). Comme Victor Frankenstein David est gourmand du fruit de la connaissance et en bon Robinson Crusoé qui s'ennuie, il joue (encore) au petit biologiste pour tuer le temps (le vaisseau Prometheus est porté disparu depuis 10 ans).
La parole est d'or mais le silence est... angoissant
Alien: Covenant prend donc un malin plaisir à jouer avec les sentiments des humains pour mieux les conduire à l'abattoir. Voilà leur fonction – d'où le fait qu'aucun ne marque vraiment les esprits (à part Daniels ?). De ce fait le film ne comporte pas vraiment de décisions absurdes, d'actes insensés de la part de l'équipage. Certes on pourra toujours pointer telle ou telle décision comme "irrationnelle" mais c'est oublier i) que dans notre vie quotidienne les décisions "absurdes" sont légions ; ii) que la raison cohabite avec des émotions, des valeurs, bref, quand il faut décider les humains ne sont pas des purs produits rationnels.
En revanche s'il y a un point qui m'a un peu plus gêné c'est celui de la gestion du temps pour l'incubation des xénomorphes et leur croissance. Pour faire simple les durées varient dans les deux cas ce qui est pratique pour l'intrigue afin de la faire avancer comme on le souhaite mais cela nuit à la cohérence interne du film.
Deux points forts par contraste : visuel et auditif. Les paysages sont vraiment jolis à voir, tout comme les constructions que l'on voit. Si bien que le film a presque un côté huis-clos : enfermés dans un vaisseau dans l'espace les hommes sont enfermés dans une zone restreinte quand il débarque sur une nouvelle planète. Et le silence qui règne sur la planète est assez terrifiant et renforce la sensation d'isolement qui traverse le film. Côté musique, les plus marquantes renvoient à Wagner et s'inscrivent dans une esthétique qui n'est peut-être pas si éloignée que cela du romantisme version allemande.
Et maintenant ?
Alors que les réflexions sur les robots, leur impact sur l'emploi, etc. agitent bon nombre de recherches contemporaines, Alien: Covenant montre le remplacement des humains par des androïdes. Certes ces derniers sont joués par des hommes mais il n'en demeure pas moins que les dialogues les plus instructifs, ceux qui nous apprennent le plus de choses sur ce qui s'est passé, etc. ont lieu entre David et Walter, sa version "améliorée" présente sur le Covenant.
L'ode à l'humanité n'est donc pas à l'ordre du jour. Ce que le film nous dévoile, c'est qu'il faut des hommes pour qu'il y ait des xénomorphes. Ce n'est pas nouveau mais ici il me semble que le propos prend une ampleur plus importante : l'horreur est un rejeton de l'humain. Et il n'est pas besoin d'être fait de chair et de sang pour la créer. Là-dessus David est un androïde "trop humain".
Un petit mot sur la bêbête : nous avons droit à une créature bien en phase avec nos habitudes dans la saga, même si elle perd, à mon sens, le côté bio-mécanique présent dans le premier film. Surtout la créature m'a semblé un peu trop propre, moins de bave, il y a moins cette impression poisseuse, sa respiration angoissante que l'on a pu avoir lors de nos précédentes rencontres.
Un cri dans l'espace...
Les personnes les plus tranquilles dans Alien: Covenant seront finalement les colons qui sont restés tranquillement dans leur sommeil cryogénique. Les autres auront vécu l'exploration d'une planète où il ne fait pas vraiment bon vivre. Plus énervé que Prometheus, le film conserve quelques moments contemplatifs et d'interrogations mais opte pour un rythme plus élevé où l'action et les morts surviennent plus rapidement (et plus atrocement ?) que dans ses réalisations précédentes. La quête de l'absolu de David nous confronte à une crainte qui dépasse la question de la maternité/gestation présente dans les films Alien précédents pour embrasser de multiples thématiques que chacun.e pourra exploiter à sa guise. Délicieux.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films de Ridley Scott et Les meilleurs films d'horreur des années 2010
Créée
le 10 mai 2017
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le 12 mai 2017
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