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Clone Wars
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le 7 janv. 2015
Parmi les grandes injustices de l'histoire du cinéma populaire, le sort réservé à Alien: Resurrection figure en bonne place. Depuis près de trente ans, le film de Jean-Pierre Jeunet sert de mouton noir à une saga pourtant riche en épisodes inégaux. Après le monument horrifique de Ridley Scott et la fresque guerrière de James Cameron, il est devenu commode de le considérer comme une curiosité ratée. Rien n'est plus faux.
La véritable faute d'Alien 4 est d'avoir refusé d'être un simple produit dérivé de ses prestigieux prédécesseurs.
Là où Scott avait créé un cauchemar industriel et où Cameron avait transformé l'univers en film de guerre futuriste, Jeunet choisit une troisième voie : celle du conte monstrueux, baroque, organique et profondément étrange. Il ne cherche pas à répéter la formule. Il cherche à contaminer la franchise avec son propre imaginaire.
Et quel imaginaire.
Dès les premières minutes, le film déploie une identité visuelle unique dans toute la saga. Chaque plan porte la signature de Jeunet : cette fascination pour les corps atypiques, les machines déglinguées, les marginaux magnifiques et les monstres tragiques.
L'une des grandes réussites du film est d'ailleurs d'avoir compris quelque chose que beaucoup de suites oublient : le monstre n'est plus seulement l'Alien.
Le véritable sujet du film est l'hybridation.
Ripley elle-même n'est plus Ripley. Elle est devenue autre chose. Plus forte, plus inquiétante, plus ambiguë. Interprétée par une Sigourney Weaver absolument fascinante, cette Ripley clonée constitue peut-être la version la plus complexe du personnage. Ni humaine, ni extraterrestre, elle traverse le film comme une créature en quête d'identité.
Cette étrangeté culmine dans l'une des scènes les plus dérangeantes de toute la franchise : la découverte des clones ratés. Peu de blockbusters hollywoodiens ont osé proposer une séquence aussi morbide, aussi triste et aussi profondément perturbante. On y retrouve un véritable cinéma de l'horreur, loin des standards aseptisés qui dominent souvent les productions à gros budget.
Les critiques ont souvent reproché au film son humour noir. C'est précisément ce qui le rend précieux.
L'univers d'Alien avait toujours flirté avec l'absurde : des corporations monstrueuses, des androïdes inquiétants, des créatures impossibles. Jeunet pousse simplement cette logique jusqu'à ses conséquences naturelles. Son humour n'affaiblit pas l'horreur ; il la rend plus inconfortable encore. On rit parfois, puis on réalise immédiatement qu'on n'aurait peut-être pas dû.
Le casting secondaire participe également à cette réussite. La galerie de mercenaires, de pirates et de marginaux compose un équipage infiniment plus mémorable que la plupart des personnages interchangeables qui peuplent aujourd'hui les franchises de science-fiction. Chacun possède une présence, une silhouette, une personnalité immédiatement identifiable.
Et puis il y a cette audace permanente.
La séquence sous-marine demeure l'une des plus impressionnantes de toute la saga. Le design des créatures atteint un niveau de fluidité remarquable. La photographie possède une texture presque tactile. Même les choix les plus controversés témoignent d'une volonté artistique sincère plutôt que d'un calcul industriel.
C'est peut-être ce qui dérange encore certains spectateurs.
Alien: Resurrection n'est pas un film qui cherche à rassurer. Il est grotesque, excessif, parfois dérangeant, souvent imprévisible. Il refuse la révérence muséale envers la franchise. Il préfère expérimenter, quitte à se tromper.
Or le cinéma de genre progresse rarement grâce aux œuvres prudentes.
Avec le recul, ce quatrième épisode apparaît moins comme l'erreur que l'on décrivait à sa sortie que comme l'ultime moment où la saga Alien acceptait encore de prendre des risques. Avant l'ère des univers calibrés, avant les cahiers des charges imposés par les marques, un réalisateur singulier avait encore la possibilité d'imprimer sa personnalité sur une superproduction hollywoodienne.
Le résultat est imparfait, bien sûr. Mais il est tellement vivant. Tellement loin du cimetière créatif des productions hollywoodiennes habituelles.
Créée
le 11 juin 2026
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