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Crachat au visage
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le 28 août 2024
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Une franchise ne meurt jamais. Diffusions, rediffusions, bouche-à-oreille, bascule vers le transmédia (bande dessinée, jeux vidéos) se relaient logiquement pour renouveler l'intérêt d'une figure mythologique du 7ème Art. Un petit bonhomme de chemin qu'a consciencieusement suivi Alien jusqu'à tenter le retour aux sources en 2012 avec Prometheus puis Alien Covenant cinq ans plus tard. Malgré le retour de Ridley Scott aux manettes, ces projets divisent beaucoup pour leurs partis pris (les débats intenses autour d'eux se poursuivent aujourd'hui encore) et se sont soldés par un semi-échec. Quelle option pour le Xénomorphe ? Revenir aux sources. Oui, encore. Mais à un niveau industriel. Le talentueux réalisateur Fede Alvarez (Don't Breathe) prend la main et choisit d'intercaler son projet entre le tout premier Alien et la suite réalisée par James Cameron. Dernier point, le choix d'une direction artistique privilégiant les effets à même le plateau aux effets spéciaux numériques (qui seront tout de même présents. Et c'est très bien). Un film de fan pour les fans. Oui, ni plus ni moins.
Déçus par les dernières tentatives de Ridley Scott ? L'univers métallique, sombre et dégoulinant vous manquait ? Votre dada c'est le look rétro-futuriste avec écran cathodique ? Du sang et des armes ? C'est exactement ce que Fede Alvarez propose avec Romulus. Tout est fait pour caresser dans le sens du poil les spectateurs échaudés par les expérimentions de Scott. C'est supposé être un point fort, en réalité l'une des faiblesses du film. Ce septième opus de la saga est trop occupé à réciter la saga - la structure, les scènes, les répliques - pour essayer de la renouveler ou même de l'étendre ne serait-ce qu'un peu. Le problème devient carrément embarrassant avec le prétexte utilisé pour justifier le long-métrage et plus encore quand il introduit un personnage antagoniste dont la présence et l'utilisation sont aux lisières du malsain. Si certains qualifiaient (à tort) Alien Covenant de "best-of" en 2017, la justice voudra qu'on accole l'épithète "maxi best-of" au projet d'Alvarez. Romulus évite peut-être certaines erreurs de Prometheus/Covenant ou les écarts grand-guignolesques de Alien la Resurrection (quoique), mais son problème est justement là : rien ne le distingue, à l'image de sa bande-originale assez plate. Au point où il devient difficile de le considérer comme une suite puisqu'il n'a rien, absolument rien à ajouter à l'univers. Une babiole. Mais fabriquée avec soin.
Passant outre ces gros écueils, il serait injuste d'ôter à cette énième tentative sa sincérité et l'orfèvrerie sur la direction artistique. La mise en scène ultra-dynamique d'Alvarez ménage quelques moments très réussis. Le premier chestburster par exemple, qui dans le déroulé et le montage rappelle beaucoup...la scène du spineburster d'Alien Covenant. Il y a d'autres moments forts (la traversée d'un couloir silence ou la fuite par gravité zéro) et les rebondissements arrivent à intervalle régulier, donc aucun risque de s'ennuyer. La volonté de revenir aux sources a également de bons côtés quand les décors sont aussi bien éclairés (superbe photographie de Galo Olivares) et le mélange entre effets pratiques et numérique se marie divinement bien. Et si la majorité des seconds-rôles ne laissera aucun souvenir, Romulus a la chance de se reposer sur deux formidables interprètes. Cailee Spaeny compose une héroïne aussi crédible dans l'émotion que dans le combat, avec la chance d'être suffisamment différente de l'immortelle Ripley. Puis David Jonsson, la révélation du film, qui ouvre de jolies perspectives avec un personnage "synthétique" pour lequel on a finalement le plus d'empathie. Et accessoirement le mieux écrit. Comme quoi, la saga les a toujours soigné ces androïdes de Ian Holm à Michael Fassbender en passant par Lance Henriksen.
Finalement, Romulus synthétise à merveille l'époque de ce fan-service, à la fois vecteur de fantasmes et d'entraves. Il est tout de même probable que Fede Alvarez ait droit de finaliser un autre montage pour la sortie blu-ray car certains éléments paraissent trop expédiés (l'introduction des personnages, par exemple). Ça ne changera surement pas grand chose au résultat bancal. Une fois de plus. Comme quoi, donner au public exactement ce qu'il attend est parfois la dernière chose à faire quand on veut le surprendre et revitaliser une licence. On saura l'année prochaine si aller ailleurs - en l’occurrence s'exporter en streaming - est la bonne solution, avec la série chapeautée par Noah Hawley (Fargo).
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le 15 août 2024
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