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le 28 août 2024
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Lorsque l’on pense au mot « médiocre », nous avons tendance à nous référer au sens commun, qui en dégage une sorte de soupe immonde, exhalant l’odeur nauséabonde de la bassesse. Cependant, le mot « médiocre » a pour origine medius, du latin, signifiant « qui est au milieu », « moyen de grandeur ».
Le film réalisé par Fede Álvarez, un jeune Uruguayen ayant à son actif Evil Dead et Don't Breathe, deux films d’horreur respectivement sortis en 2013 et 2016, s’inscrit dans cette lignée. Je n’ai pas eu l’occasion (ni l'envie) de voir ces films, mais d’après l’opinion générale, ils semblent eux aussi certainement moyens. Malgré tout, le court-métrage pour lequel il fut repéré (¡Ataque de pánico!, 2009), un film de robots géants, surprend par sa capacité à redonner au medius son sens commun. Une chose est sûre : Fede a une appétence pour les films de genre, notamment ceux de science-fiction et d'horreur.
Un terreau parfait, donc, pour la série de films Alien.
Alien: Romulus est une illustration générale de la cinématographie d’Álvarez, mais aussi des blockbusters d’été. Le film est, somme toute, prévisible. Non seulement en termes de scénario, où chaque ligne de dialogue et chaque paragraphe de description semblent être écrits directement sur l’écran, mais aussi et surtout, par la mise en scène qui sert davantage un ennui mortel qu'une peur cosmique. Une réalisation qui ne surprend plus, où chaque gros plan est suivi ou précédé d’un plan général, puis d’un mouvement de caméra quelconque pour ne pas tuer le rythme. Dès les premières minutes du film, nous pouvons deviner le prochain plan avec assurance. Nous sommes d’ailleurs bien aidés par la musique, qui nous guide dialectiquement dans la narration et tout au long de l’œuvre, en soulignant les lacunes fondamentales et évidentes de cette cinématographie : le partage d’émotions et de surprises. L’angoisse des séquences est alors créée presque uniquement par leur platitude autonome.
Un autre fait que j’aimerais souligner, d'une évidence que je conçois, mais que je pense intéressant de mentionner : Le premier Alien s'inscrivait dans cette tradition de films d’horreur des années 70 (Jaws), qui, par l’absence même du monstre, donnait raison aux dires de Lovecraft : « La peur est la plus vieille et la plus forte émotion de l'humanité et le plus vieux et plus fort type de peur demeure la peur de l'inconnu. » Réelle décision esthétique ou manque de moyens, le résultat demeure le même : une peur immuable et universelle des ténèbres qui se propage dans toute la mise en scène. Avec l’arrivée des effets spéciaux numériques, les superproductions semblent vouloir rendre l’invisible visible, l’ineffable dicible, et mettent en lumière toutes les zones d’ombre. L’Alien est filmé en gros plans, en plans généraux, en plans moyens, avec des travellings avant et des raccords dans l’axe, plus photographié encore qu’un mannequin à la Fashion Week. Le monstre devient alors une évidence, amputant la terreur de son principal atout. De toutes les manières, l'évidence est catastrophique dans ce film. Les gros plans sautent aux yeux pour les guider sur un visage de peur, un objet, ou un des cinquante-mille aliens. Les raccords de continuité sont toujours présents pour s’assurer que le spectateur comprendra la scène, et la suivante. La série de films Alien offre tant de possibilités narratives et plastiques qu’il devient frustrant de voir des films aussi ennuyeux à tous les niveaux.
La direction artistique, cependant, sauve les meubles en proposant (avec une bonne utilisation du numérique) de grands espaces vides, sombres, froids et lugubres, rappelant la peur primaire des grottes obscures, et saupoudrés de bruits électroniques vieillissants et autres visuels numériques des années 70 (ordinateurs, systèmes électriques, alarmes, etc.). L’immensité du lieu est assez bien représentée par des plans larges, où seules les zones éclairées dans la diégèse offrent un espoir de fuite. Je repense aux espaces lovecraftiens, gigantesques et sans lumière (Dans l'abîme du temps, L'Appel de Cthulhu, Les Montagnes hallucinées …). Mentionnons tout de même que les décors sont très similaires à ceux des anciens films et qu’aucune grosse trouvaille ne se dégage du magnifique travail de scénographie.
L’alarme du vaisseau, si effrayante dans le premier film, notamment par sa répétitivité créant une sorte de musique concrète infâme à l’ouïe, a été repensée pour offrir une nouvelle expérience sonore tout aussi efficace que sa prédécesseuse. Belle trouvaille qui fut utilisée comme dernier son lors du générique de fin, beau résumé de toute la subtilité du film…
Autre fait intéressant : les acteurs sont pour la plupart inconnus au bataillon, ce qui sert de rafraîchissement visuel, malgré un acteur principal qui ne parvient jamais à convaincre, trop superficiel et dont le maître mot semble être paraître et non être.
Le film terminera donc pour moi dans un champ de dizaines d’autres œuvres moyennes de la période 2015-2025 et se perdra dans les abysses jusqu’à ce que l’envie d’un marathon Alien m'envahisse.
Cet Alien n’est donc pas Romulus, il est medius !
Créée
le 23 août 2024
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