Entrons directement dans le vif du sujet, « Aliens », avec un S, parce que c’est au pluriel, est un chef-d’œuvre absolu de l’actioner bourrin du cinéma étatsunien des 80’s, et ne cherchez pas, j’ai raison. Comme si ce n’était pas suffisant, « Aliens » s’est même payé le luxe de se bonifier avec le temps. Pour ce faire, James Cameron a opté pour une approche radicalement opposée au premier opus, tout en parvenant, et ça, franchement, chapeau, à y puiser toute l’essence. En somme, il a pris le premier « Alien », et il a détruit tout ce qui en faisait son succès, pour le remodeler et livrer l’une des meilleures suites jamais réalisées. L’autre meilleure suite de tous les temps étant « Terminator 2 », également mis en scène par James Cameron.


Le film s’apparente à une démarche personnelle à bien des niveaux, puisque l’on y retrouve tout ce qui a trait à l’univers de James Cameron s’avère : un manichéisme bien dosé, des clichés de marins bourrins, une héroïne parfaite, une réflexion sur le trauma, un grand spectacle démesuré qui pète de partout, avec de la destruction et du chaos, composant un véritable nihilisme à l’optimisme incertain. En plus de tout cela, « Aliens » possède également tous les atouts du film d’action des années 1980, qui singe avec affront et malice, de la politique reaganienne, dans une fausse apologie de l’armée et de la toute puissante Amérique impérialiste. Après tout, n’oublions pas qu’une année plus tôt, en 1985, Cameron signait le scénario de « Rambo II », donc il sait de quoi il parle.


Si le métrage semble faire l’impasse sur la terreur du premier, dans une démarche de réappropriation de l’univers, il n’en est rien. En effet, l’angoisse se situe ailleurs, non pas dans l’atmosphère étouffante d’un huis clos, mais au cœur d’une planète hostile, défigurée par le programme de peuplement insensé d’une entreprise privée, la Weyland-Yutani. Cette dernière s’y est installée, en y plaçant des colons, afin d’abuser des potentiels de ce Nouveau Monde. Cet élément, qui était déjà présent dans le premier opus, sous-entend que la colonisation de l’Espace s’est faite uniquement pour des raisons commerciales, sous l’égide d’une multinationale, qui ne fait pas qu’exploiter les ressources naturelles, car ce sont avant tout des êtres humains qui sont pressés comme un citron.


Alors, heureusement, tout ça c’est de la Science-Fiction et, bien entendu, personne ne sera assez stupide pour laisser tous les enjeux de la conquête spatiale et de l’occupation d’autres planètes entre les mains de firmes hégémoniques, dirigées par une poignée de milliardaires égocentrique, personne, personne ne serait assez fou. C’est néanmoins le postulat de départ de l’œuvre de James Cameron, qui instille dès lors une nouvelle sorte de peur, apparue dans les années 1980, et qu’il reprendra d’ailleurs pour ses magistraux « Avatar ». Ainsi, le cinéaste parvient à développer un petit peu plus l’univers « Alien », sans jamais recopier ni de près, ni de loin, son illustre prédécesseur.


Dans les quelques points communs entre le « Aliens » de James Cameron et le « Alien » de Ridley Scott se retrouvent tout d’abord dans le personnage de Ripley. Cette dernière, toujours incarnée par l’exceptionnelle Sigourney Weaver, sert à nouveau de garde-fou à la folie ambiante. Elle est encore celle, qui, dès le début du récit, lorsqu’un cadre de la Weyland-Yutani décide d’envoyer des marines sur une planète où les colons ne répondent plus, elle dit à tout le monde, que ce n’est pas une idée. Bien entendu, personne ne l’écoute, sinon ce serait dommage, il n’y aurait pas de film, mais tout lui donne raison, du début à la fin. James Cameron poursuit ainsi la thématique présente dans le premier volet, mais c’est là aussi un trait omniprésent dans la filmographie du cinéaste, que ce soit Sarah Connor dans « Terminator » ou même Rose dans « Titanic ».


Un autre point, semblable au premier film, se perçoit dans les craintes émises envers la firme Weyland-Yutani. Dans « Alien », cette société était prête à sacrifier tout un équipage de huit personnes, juste pour récupérer un échantillon de cette nouvelle espèce présente sur la planète d’où venait le signal de détresse. Dans cette suite, la Weyland-Yutani, en plus d’avoir envoyé une centaine de colons au casse-pipe, décide d’y expédier des soldats, tout en cachant ses réelles intentions. L’un des protagonistes, interprétés par Paul Reiser, et qui n’est pas sans rappeler l’idée que l’on peut se faire d’un macroniste, incarne toute la répugnance de ces carnassiers affairistes, qui croient tout savoir et font tout pour la faire à l’envers à tout le monde. Ce personnage se révèle ainsi l’incarnation de la firme qu’il représente, ce qui permet à James Cameron de poursuivre les réflexions du premier film, ce qui, pour une suite, est toujours un point positif.


Bien entendu, l’un des dénominateurs communs avec « Alien » c’est la présence des xénomorphes. Cette fois, il n’y en a pas un, mais des centaines, peut-être même des milliers, et surtout, il y a la présence d’une reine mère, qui vient expliquer comment fonctionne le cycle de vie de ces créatures. En plus de justifier des moments particulièrement épiques, le fait de rendre le monstre bien plus vulnérable que dans le premier film permet de déplacer le curseur de la peur vers autre chose. L’antagoniste principal, cette créature indestructible, qui faisait du premier volet un monument de terreur, n’est plus le grand méchant dans « Aliens », non, ici, le grand méchant c’est le macroniste qui accompagne les marines au nom de la Weyland-Yutani. Le grand méchant, vraiment terrifiant de cette séquelle, n’est autre qu’un être humain corrompu.


« Aliens » est donc bien une vraie suite, qui demeure particulièrement fidèle à son matériel d’origine, et qui passe son temps à développer un peu plus en profondeur l’univers proposé par Dan O’Bannon et Ron Shusett. Pour exemple, cette colonisation qui constitue l’une des thématiques centrales de l’œuvre de Cameron, et qui sert d’échos à de nombreuses pages de l’histoire récente de l’humanité, était présente au détour de quelques dialogues dans le premier opus, quand ici on le voit de nos yeux, c’est devenu totalement concret. Il en va de même pour l’exploitation de l’individu par des entreprises tentaculaires prêtes à tout pour le profit, encore le profit, toujours le profit, et qui, pour cette quête, peuvent se reposer sur des nations plus que dociles.


L’histoire de « Aliens » s’avère ainsi des plus équivoques : une colonie (composé d’individus périssables) ne répond plus, donc l’État envoie l’armée (composée d’individus périssables), pour voir ce qu’il s’y passe. Au passage, la Weyland-Yutani espère pouvoir récupérer des xénomorphes à des fins scientifico-militaires, dans le but certainement de faire la guerre, et donc de détruire un nombre important d’individus périssables. Oui, « Aliens » est avant tout un grand film sur l’hypocrisie et les dangers d’un Capitalisme complètement fou. Mais encore une fois, heureusement que c’est de la S-F.


Le métrage possède son identité propre, d’ailleurs, ce n’est pas un hasard s’il ne s’appelle pas plus simplement « Alien 2 ». C’est là une manière subtile de préciser qu’il demeure une entité à part entière et ne se définit pas uniquement par sa nature de séquelle. Il est d’ailleurs tout à fait possible de le voir sans avoir vu le premier. C’est aussi là la définition même d’une suite réussite, qui continue à étendre l’univers, en proposant un contenu original, avec la patte d’un artiste, et non juste la resucée d’un succès par un technicien. Le fait que cette production arrive sept ans après l’original est également un indicateur que le projet n’est pas seulement un moyen de profiter de la hype.


Sans jamais oublier de livrer une œuvre horrifique, même si le film joue bien plus la carte de la S-F et du film de Guerre, avec des éléments d’Horreur, « Aliens » demeure une entreprise terrifiante. Si elle reste certes jouissive sur plus d’un aspect, comme les xénomorphes dégommés par dizaine, le récit gère la montée en pression et l’économie, pour mettre en place une atmosphère inquiétante et pesante en permanence. Ce dernier décuple ainsi chaque apparition des monstres, jusqu’à un final des plus épiques, qui imprime les rétines pour longtemps. De plus, ce film représente tout ce qui fera le cinéma futur de James Cameron, de son incroyable « Abyss » à ces derniers « Avatar », soit un cinéma populaire et généreux, qui cherche toujours à faire plaisir aux spéctateurices, et qui ne se montre jamais avare en quoi que ce soit.


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le 8 déc. 2025

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