Décidément, Julia Ducournau donne l’impression d'avoir eu un coup de chance ou un coup de génie sur un film uniquement, son premier, "Grave", qui annonçait une carrière sacrément prometteuse, sorte de Cronenberg à la française capable d'amener très loin les films de genre français.
Chose qu'elle fait effectivement avec "Titane" qui a tout d'un Cronenberg (plus précisément d’un "Crash") et qui rafle même une Palme d'Or au passage ! Seul hic, c'est bien moins réussi que "Grave", c'en est même, de mon point de vue, raté. Mais ce n'est pas grave, une erreur de parcours est vite arrivée et puis celui-ci, une nouvelle fois présenté à Cannes d'ailleurs mais sans remporter de prix, m'intriguait beaucoup. Mais problème, c'est une nouvelle fois raté.
Tout comme avec "Titane", la réalisatrice a un sujet en béton, très original mais veut en même temps parler de plein d'autres choses, ce qui fait plusieurs films en un qui racontent tout et rien.
Pour remettre un peu de contexte, nous suivons Alpha qui s'est fait tatouer en soirée avec une aiguille un peu douteuse. Nous sommes en 1990 et qu'est-ce qu'il se passe en 1990 ? Madonna sort "Vogue" mais ça fait surtout dix ans que le sida continue de tuer et de terroriser les gens. Ici, on ne parlera jamais vraiment du sida mais d'une maladie qui se transmet de la même manière et surtout qui transforme les gens petit à petit en statue de marbre, un peu comme la maladie de Charcot quoi. Mais dans un même temps, l'oncle d'Alpha, toxicomane, revient habiter à la maison pour se sevrer.
Voilà donc on reste toujours dans l'univers des aiguilles mais le film ne raconte pas tout à fait les mêmes choses. Si le début commence très bien avec cette ambiance anxiogène en se demandant si Alpha a choppé un truc ou non, on dérive ensuite petit à petit sur le passé de la mère d'Alpha et de la relation avec son frère toxicomane. Encore une fois, il y a de l'idée avec cette épidémie qui vient de se propager, des hôpitaux vides de personnels mais remplis de malades, ce qui rappelle un sujet sociétal français quant à lui bien réel mais c'est un autre sujet.
Et je vois à peu près où le film veut en venir en mettant avant tout en scène une histoire de deuil et comment la mère projette toutes les angoisses du frère sur sa fille (particulièrement bien illustré dans la scène où les deux sont malades en même temps et effectuent exactement les mêmes mouvements dans leur lit). Seulement, encore une fois, c'est sacrément brouillon, le film donne l'impression de se perdre et puis surtout, ça manque cruellement de rythme !
Les vas-et-viens entre passé et présent deviennent très vite lassants et nous empêche de nous attacher aux personnages car on se demande avant tout où le film veut en venir, à part à la fin mais il est trop tard.
Bref, "Alpha" est donc, pour moi, un nouvel échec de Ducournau qui donne une nouvelle fois cette impression de partir dans tous les sens.