Après avoir passé une bonne première heure à souffler et m’agacer (au point de me demander pourquoi je ne sortais pas de la salle), la stupéfaction sur cette séquence de libération où Amine emmène Alpha sur un terrain de foot avant de l’abandonner pour récupérer sa dose. La séquence qui suit, en musique, après l’interlude dans le bus, sur Let it happen de Tame Impala, repose sur une coupe pourtant simple : Alpha décide en silence de lâcher prise et de laisser son oncle aller à son destin. Coupe. La musique reprend alors sur sa course, là où on l’avait laissée, comme le souffle de vie de l'adolescente qui décide de ne pas s’arrêter aux portes de son héritage familial. Alpha contre toute attente n’est pas malade. C’est alors que je me libère moi aussi de cette première partie claustrophobe, longue et épuisante, juste avant la mère, dans cette troisième belle séquence successive et inouïe : celle d’une soeur administrant l’ultime dose, létale, à son frère camé, condamné, suicidaire. Elle l'abandonne lors de cette naïve tempête de sable finale, artificielle, qui conjointe à l’idée accessoire des malades du SIDA se transformant en marbre (un artifice qui prend autant les allures d’une marque déposée rappelant les carrosseries de Titane qu’un contre le déshonneur des premières victimes du VIH) rappelle l’organique au chaos de ce monde d’après Covid, où l’amour est devenue hygiénisme sécuritaire. D'un point de vue cannois, Ducournau, pourtant auréolée, ne sait pas réaliser de Palme d’Or. Formellement, elle semble être une piètre réalisatrice qui a bénéficié en 2021 du coup de coeur d’un jury bizarre et indécis. Cela dit, aux défauts de son cinéma se substitue une mise en scène aussi pulsionnelle qu’aux forceps, parfois pataude, souvent explicative voire agaçante, mais aussi sincère (la tartine à la Maiwenn sur ses origines kabyles, indigeste notamment lors de la séquence de repas de famille). Si on ne croit pas Ducournau marginale, il serait dommage de ne pas l’encourager en la regardant s’efforcer de le devenir.