Alpha
5.5
Alpha

Film de Julia Ducournau (2025)

Voir le film

 Je m’installe deux semaines après avoir vu ce film. 

J’y suis allée sans aucunes attentes, l’esprit vierge n’ayant jamais vu de film de Julia Ducournau, ayant quand même évidement eu des échos « de son univers bien à elle ». 

 Le film commence par des plans en macro d’un bras mutilé, sur ceux-ci se lance la musique « Roads » de Portishead, qui vous plonge directement dans l’ambiance du récit, je pense honnêtement qu’elle n’aurait pas pu trouver de chanson plus adaptée pour cette ouverture. Je suis toujours évidement appâtée quand j’entends des musiques que j’adore dans les films c’est pourquoi je ne peux m’empêcher d’évoquer cette magnifique BO. Du Portishead pour commencer, du Nick Cave en version acoustique qui semble avoir été créé pour ces plans. Et à mon sens la plus belle, « Let it happen » de Time Impala, qui apporte toute la couleur qu’elle contient, longue, entrecoupée, surprenante durant cette fulgurante course. 


 Bref, c’est naturellement pas assez pour faire un film mais je me devais de l’aborder brièvement.  Quoi que j’en pense à la fin, je trouve qu’il est impossible d’affirmer que ce film laisse indifférent, je suis sortie de la séance quelque peu retournée. 


 J’ai découvert Tahar Rahim récemment dans le biopic sur Aznavour où il avait déjà réussi à m’impressionner. Et où ici, encore une fois, même si dans un tout autre registre, qui lui va d’ailleurs tristement bien, m’a mis une claque. Certes sa transformation physique aide à la crédibilité de son personnage, mais son (non) jeux m’épate, au-delà du fait de ne pas toujours être touchée par l’écriture de son histoire, je trouve son personnage  juste dans l’interprétation, même dans la noirceur je trouve qu’il arrive à illuminer et apporter de la douceur. Oui franchement son personnage en transe, ses gestes, ses os saillants, son regard, tout fonctionne !

Je ne m’attarderai pas dessus mais je trouve que Golshifteh Farahani à quant à elle été plus inégale, réussissant à nous emporter avec elle, avec son poids d’être une mère/sœur aimante et présente pour les siens puis à d’autres moments moins profondes, presque, désolé, si le mot est fort mais en réalité assez redondante. A force d’être là pour les autres on s’éloigne d’elle, de son personnage. 


J’ai du mal a structurer les pensées qui vont suivre mais pour résumer je dirais que les points forts de ce film se puisent dans l’ambiance qu’elle a réussi à instaurer. Ce côté fantastique, qui est appuyé par un des aspects du film qui aborde la transformation, la métamorphose. J’ai trouvé cela plutôt bien mis en scène, à certains moments l’angoisse, le mal-être dévore l’écran. La tempête dans la tête des personnes est à certains moments vraiment bien représentée, notamment dans une des premières scènes quand le vent souffle si fort quand elle est sur les échafaudages que l’on a l’impression que tout va se briser. Ou encore quand Alpha est dans son lit et que le plafond descends dangereusement pour venir lentement l’engloutir. Cette scène ainsi que quelques autres m’ont d’ailleurs fait penser à la métamorphose de Kafka, j’ai impression d’avoir retrouvé Gregor à certains moments… 


J’ai trouvé le film assez inégal, oscillations entres subtilités et grotesque. Il y a par exemple un moment que je trouve très beau, quand le professeur revient en classe et en un regard le spectateur comprends qu’il est en deuil, tout est dans le non-dit et c’est pour ça que c’est joli et que ça fonctionne. Puis au contraire, d’autres moments ou la mère en quelques phrases nous dit tout, et appuie grossièrement sur la situation compliqué dans laquelle se trouve sa famille.  


Ce qui m’amène à ce qui est pour moi le gros défaut du film, rajouter des couches de grave sur des couches de grave (n’y voyez pas là un jeux de mot, je trouvais juste le mot adapté ;).Pour moi le film manque de finesse et vous me direz que oui c’est son univers, c’est le ton du film. Oui certes peut-être mais moi ça me sort du film quand je vois Amin se piquer pour la 10ème fois, ou encore quand Alpha se tape la tête dans la piscine, ou elle baigne dans une marre de sang. Je comprends pas ce que ça apporte au récit, je trouve ces touches d’horreurs too much, montrer pour montrer n’apporte pas grand-chose au propos . De plus certains moments sont, je trouve, surplombés de musique qui on le sent tente d’appuyer l’émotion de la scène, tire-larmes.

Ce qui pour moi va également avec la non évolution des personnages, je comprends qu’on veut montrer les choses brutes comme elles sont et que ça sert à rien de toujours enjoliver les situations sous prétexte que c’est un film. Mais en réalité ça mène à un manque de nuance et rend l’écriture des personnages moins profond.De plus la temporalité décousue ne nous aide pas dans la compréhension des personnages, (c’est plus une constatation qu’un défaut). J’ai d’ailleurs trouvé la colo très intéressante (et parfois épatantes) entres ces différentes périodes. 


  Je dirais qu’il y a dans ce film beaucoup de bonnes idées, qu’elle arrive à mettre en scène d’une façon étonnante et rafraichissante, cette représentation de la maladie, la métamorphose qui mène à la « mabrification », cette fenêtre qu’elle ouvre sur la représentation de la différence. A mon sens il y a beaucoup de thèmes abordées ce qui l’a perd dans l’écriture de son histoire car tout ne se lie pas si bien, on se perd à certains moments, à vouloir trop en dire on ne sait plus ce qui est dit. 


BON BREF, en gros voilà ce que j’en ai pensée malgré ses défauts, une fin de film un peu décevante qui tire en longueurs, qui nous perds , je trouve absolument pas que ce film mérite un tel déferlement d’avis négatifs. Ça  reste toujours agréable de voir une réalisatrice qui tente d’exprimer ce qu’elle veut dire selon sa vision et qui n’hésite pas à pousser les curseurs pour arriver à ses fins ! 

alicedubinks
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2025

Créée

le 6 oct. 2025

Critique lue 10 fois

alicedubinks

Écrit par

Critique lue 10 fois

D'autres avis sur Alpha

Alpha

Alpha

1

Plume231

2398 critiques

Infectée par le vide !

Sûrement sous la pression d'une Palme d'or qui est peut-être arrivée trop tôt pour son bien, la réalisatrice Julia Ducournau, pour son troisième long-métrage, nous offre une véritable purge en...

le 25 août 2025

Alpha

Alpha

8

Spectateur-Lambda

735 critiques

Critique de Alpha par Spectateur-Lambda

Il sera intéressant dans quelques années de se retourner sur la réception critique qui fut celle réservée aux prémices de la carrière de Julia Ducournau, car ne nous mentons pas, avec trois longs...

le 21 août 2025

Alpha

Alpha

7

JCFederici

6 critiques

Un trip viscéral, esthétique et hypnotique…

Après Grave et Titane, la réalisatrice Julia Ducournau poursuit son exploration des corps et de leurs métamorphoses, entre douleur, exclusion et sacralité. Elle signe un cinéma de sensation pure...

le 20 août 2025

Du même critique

Le Chant des forêts

Le Chant des forêts

10

alicedubinks

4 critiques

rester émerveillé

A voir absolument au cinéma tant pour le son que l'image. Film intimiste et sincère après le spectaculaire et grandiose "Panthère des neiges". Le récit initié par son père lequel lui a transmis cette...

le 22 janv. 2026

Alpha

Alpha

7

alicedubinks

4 critiques

Alpha, la découverte

 Je m’installe deux semaines après avoir vu ce film. J’y suis allée sans aucunes attentes, l’esprit vierge n’ayant jamais vu de film de Julia Ducournau, ayant quand même évidement eu des échos « de...

le 6 oct. 2025

HIT ME HARD AND SOFT

HIT ME HARD AND SOFT

10

alicedubinks

4 critiques

Critique de HIT ME HARD AND SOFT par alicedubinks

l'Album de 2024.

le 18 janv. 2025