''America'' – 2018 documentaire de Claus Drexel est une galerie de personnages d'une bourgade d'Arizona où il est avant tout question d'armes à feu et du deuxième amendement de la constitution.
Par extraordinaire la plupart de ces personnages révèlent une fracture dans leur existence, l'une a tué un enfant en situation de légitime défense, l'autre a perdu des pans entiers de mémoire après une attaque cérébrale et vit d'une pension d'invalidité, un autre a perdu son droit de vote après une condamnation suite à une rixe avec un policier, un autre encore avoue avoir perdu dix années de jeunesse dans la défonce jusqu'à rencontrer son épouse qui l'a engagé dans une vie familiale « La fête est finie » confie-t-il. Ce panel n'exerce que des métiers modestes – vacher, pompiste, serveur, chauffeur, ferrailleur, barbier, éleveur... à l'exception d'un couple d'émigrés indiens propriétaire d'un motel et qui représente le rêve américain, version lo-fi.
Comment cette petite ville serait-elle le reflet du pays, est-on en droit de se demander. Le soin esthétisant avec lequel les paysages grandioses jonchés d'épaves, les intérieurs white trash et les personnes/personnages sont filmés confère au documentaire un aspect fictif, une ambiance lynchéenne de bizarrerie menaçante.
Le réalisateur dans un entretien affirme son parti pris de neutralité, tout en révélant avoir tourné le dos à ce que cette communauté voulait lui montrer d'elle-même, parti pris qui semble tout sauf neutre, ce que confirme certaines questions que l'on perçoit lors des interviews, lorsqu'il demande à la jeune femme enceinte si elle souhaiterait assister à une exécution capitale, ou, après son accouchement, alors qu'elle tient son nouveau né sur ses genoux, à quel âge sera confié à l'enfant sa première arme. L'atmosphère dystopique de ce qui est montré n'est sans doute pas tout à fait honnête, même s'il faut reconnaître que la dernière séquence du documentaire – un convoi ferroviaire interminable transportant du matériel de guerre – sert opportunément le propos.
Il serait intéressant de savoir comment ce documentaire serait perçu par ses protagonistes. L'accueil ne serait sans doute pas aussi chaleureux que celui dont Claus Drexel dit avoir bénéficié à son arrivée dans la bourgade.