"Szerelem" est un chef d'oeuvre oublié qui pourrait avoir été réalisé par Bergman et monté par Resnais. En effet les plans courts comme des apparitions, et leurs récurrences sortent tout droit de "Muriel", mais la photographie exceptionnelle de János Tóth tirerait plutôt du côté de "Persona". Le travail sur le son est aussi une des grandes réussites du film... En réalité, les comparaisons sont bien insatisfaisantes tant le film de Károly Makk est unique et ne ressemble à aucun de ses prestigieux aînés.
En deux mots, dans une maison bourgeoise de Buda, une vieille se meurt et se souvient. Aussi grave que puisse être le sujet, il est réjouissant de voir qu'en 1970 on invente encore des formes pour raconter les films, réjouissant de voir le soin apporté aux détails, la force avec laquelle la narration est éclatée, le talent avec lequel les actrices portent le projet. Film de femmes dit-on, "Szerelem" est dominé par la présence de ses deux actrices principales qui ne font pas des étincelles mais vivent, pleurent, rient, à en oublier la caméra, à nous faire croire que tout cela est un éblouissant documentaire...
Sur le fonds, c'est triste à pleurer bien sûr, mais la Hongrie des années communistes, il suffit de voir Béla Tarr pour s'en convaincre (ou d'y mettre un pied encore aujourd'hui), c'était pas la grosse poilade. La portée politique du film est, dans sa dernière partie, relativement discrète et universelle. On y décèle toutefois l'envie de parler d'une réalité concrète (Makk a déjà été censuré pour des films précédents, il prend désormais soin de traiter certains sujets avec doigté).
Grand film de mémoire, il montre enfin comme les souvenirs vivent en nous, se transforment avec le temps, nous brouillent la vue. Une splendeur.
bilouaustria
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Le 5 mars 2013

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