Marty Supreme
6.9
Marty Supreme

Film de Josh Safdie (2025)

Depuis 2002 Josh Safdie a réalisé différents courts métrages, en 2009 The Pleasure of Being Robbed dans lequel on pouvait déjà voir une scène de ping-pong (film pas terrible niveau histoire mais réalisation qui laisse espérer des films ultérieurs plus intéressants). En 2010 , il s’associe avec son frérot Benny et là commence un vrai truc qu’ils développent film après film dans un environnement urbain avec des histoires qui vous prennent à la gorge sous des nappes sonores électro saturées depuis Good Time par Daniel Lopatin. Les personnages mal aimables sont entraînés vers des abîmes sans fond, la sensation d’une chute inexorable, obstacle après obstacle, mauvaise rencontre après mauvaise rencontre, choix désastreux après choix calamiteux.


Cette année, les deux frères se sont séparés avec des rumeurs assez négatives concernant le comportement de Josh. Du coup on a le droit non pas à un mais deux films sur des destinées de sportifs qui se battent contre eux-mêmes et contre le système. Dans ce film, il s’agit de suivre la vie de Marty Mauser, 23 ans, qui vend avec succès des chaussures dans le magasin de son oncle mais qui rêve d’être à plein temps la star mondiale du ping-pong dans l’Amérique des années 50. Alors oui, annoncé comme ça, l’histoire promet d’être assez inintéressante mais en fait le héros du film pourrait être passionné par n’importe quoi le film serait identique.


Librement inspiré de la vie de Marty Reisman qui avait en commun avec le héros d’avoir une grande gueule, le sens du spectacle et un certain ego. On suit donc le héros se battre pour récolter de l’argent qui lui servira à participer à des championnats en vue de devenir champion du monde. Chalamet est de tous les plans ou presque. Ce héros n’est pas le gentil garçon, il est prêt à piquer dans la caisse, utiliser les femmes, arnaquer des pauvres types tant que ça sert ses propres intérêts. Au championnat de Grande Bretagne, surprise ! Il y a des Japonais qui, suite à leur participation à la guerre avec les puissances de l’Axe, étaient confinés dans leur pays mais les restrictions ont été levées et se dresse alors devant Marty un obstacle majeur : Koto Endo, un grand champion qui évidemment dans un premier acte battra en finale notre champion occidental. Dès lors Marty voudra sa revanche et ce n’est pas facile quand on n’a pas le sou. De nombreuses péripéties vont s’enchaîner jusqu’à ce que Marty puisse prouver au monde qu’il est un vrai champion.


La construction est assez classique, tout tourne autour du héros, les personnages secondaires qui pourraient être intéressants sont peu développés. Le réalisateur prend soin de calmer le jeu par rapport à ses précédents films, c’est un peu plus calme, la bande originale respire également beaucoup plus. On a toujours cette sensation de tapis roulant d’événements qui s’enchaînent avec quelques scènes incongrues (Le miel, la baignoire, le collier, le chien perdu, la raquette utilisée de façon originale pendant la soirée chic…) qui viennent ponctuer le récit et ajouter des notes absurdes et donner plus de consistance. La photo de Darius Khondji (Delicatessen, Seven, Mickey 17…) est comme d’habitude très bien pensée. La consistance du personnage principal va jusqu’à la précision sur son grain de peau puisque sur les nombreux gros plans sur Marty on voit une peau avec des traces visibles d’acné qui ont été rajoutées sur la peau impeccable de Timothée.


Donc tout cela serait quasi parfait s’il n’y avait pas le message principal du film qui est très problématique. On peut voir le slogan sur l’affiche Française "Rêve en grand". Car on nous refait le coup du destin individuel du petit gars parti de rien qui va réussir à force de persévérance et de courage et ce malgré les obstacles qui se dressent devant lui. En plus il va réussir à battre l’Asiatique car l’Amérique ne peut pas se permettre de perdre la face. Quand on veut suffisamment fort, on peut, peu importe ses origines (ici Marty est un juif au lendemain de la seconde guerre mondiale, en plus il est pote avec un noir) peu importe son milieu social, Et même s’il faut écraser tout le monde sur son passage, car oui c’est ça l’Amérique ! On a même l’impression que ce trouduc contamine la fille qu’il a mis enceinte qui essaie de monter une arnaque indépendamment de Marty pour récupérer du blé. Donc c’est encore une fois ce mythe de l’Amérique qui permet de réaliser son rêve tant qu’on se donne de la peine à l’ouvrage. Timothée Chalamet est en pleine résonance avec ce personnage vu le mal qu’il s’est donné pour faire la promo de ce film jusqu’à la nausée (la nôtre). A24 réussit à faire du merchandising avec un film adulte, bravo, par ici les dollars! Et puis si tu ne réussis pas dans ta vie c’est de ta faute, pas du tout la faute à des schémas sociaux, aux privilèges de certains, aux inégalités qui font que nous ne partons pas tous sur la même ligne de départ. Et puis si tu te comportes mal envers les autres, ce n’est pas bien grave. Une esquisse de rédemption termine le film lorsqu’il rejoint la fille qu’il a mis enceinte mais comme on ignore à peu près tout de la psychologie de tous les personnages, est-ce vraiment pour se racheter ou pour une nouvelle fois flatter son ego, nous ne le sauront jamais.


Bref, regardez plutôt Rocky pour voir classiquement un mec se battre pour s’en sortir. Fat City de Huston pour voir un vrai loser qui fait ce qu’il peut dans une société qui avance contre lui, à la fin il gagne mais ce n’est pas ça qui est le plus important. Une belle chorégraphie de Ping (Yuen Woo-) : Tigre et Dragon, en attendant une adaptation ciné du fameux Pong (qui ne saurait tarder vu l’intérêt de l’industrie pour tous les jeux vidéoludiques en ce moment).


soleilnova
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le 17 févr. 2026

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soleilnova

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