Ce long-métrage est assurément une petite bombe! Une œuvre extrêmement pamphlétaire et engagée politiquement comme on en voit de moins en moins, voire presque plus. Un film choc qui met en garde contre l’autoritarisme, l’uniformisation et le danger de certaines idéologies s’apparentant à une nouvelle forme de totalitarisme. Et cela fait du bien de voir que ce genre de productions, très courante dans les années 70 et 80, puisse encore être visible sur les écrans. Preuve que le cinéma peut divertir tout en étant réflexif. En revanche, si la production et la réalisation de « Anniversary » sont à signaler, il est tout aussi important de savoir qu’il a connu une forme de censure lors de sa sortie nord-américaine il y a un mois.
Tourné juste avant l’élection de Trump, le film pointe en premier lieu et clairement du doigt la montée de la censure, de l’oppression, du musèlement de l’opposition, la désinformation et le retour à des valeurs conservatrices. Un régime de peur en somme. Exactement ce qui se passe aux États-Unis en ce moment. Considéré comme bien trop polémique par son distributeur, ce brûlot politique puissant a bénéficié d’une sortie totalement sabordée, par crainte de représailles ou retombées néfastes de la part de certains groupes politisés. Et encore, la sortie du film était purement contractuelle, sinon il aurait visiblement pu rester sur les étagères ou être totalement oublié/effacé. C’est donc une anomalie dans le paysage actuel et qui tend à l’être de plus en plus. Il est surtout symptomatique d’une époque inquiétante où la peur régit le monde du divertissement, et donc Hollywood, dans ce qui est censé être la plus grande démocratie du monde. Un constat aussi inquiétant que peut l’être celui décrit dans le film.
« Anniversary » a comme seul défaut de laisser un goût de trop peu en bouche. C’est tellement bien fait et puissant – mais peut-être trop à charge, véhément et sans nuances pour certains – qu’on aurait voulu en voir et en savoir plus. Certains personnages auraient mérité d’être plus développés, il y aurait pu avoir encore plus de séquences de décomposition de la cellule familiale et on aurait pu aussi voir ce que le changement montré dans le film a comme conséquences sur la vie de tous les jours et les différentes règles qu’il promeut. Mais cette frustration ressentie montre surtout la maestria et la réussite de ce film. En restant souvent sur le non-dit et le sous-entendu sur ces aspects-là, notre esprit chauffe à plein régime, imaginant le pire. C’est rare de le signaler, mais une demi-heure de plus ne nous aurait absolument pas dérangé tant c’est passionnant et captivant.
On doit ce long-métrage au réalisateur polonais des déjà géniaux et dérangeants « La Communion » et surtout « Le Goût de la haine », tous deux très politiques aussi. En passant à Hollywood, le cinéaste ne perd rien de son savoir-faire contestataire. Il livre ici encore une fois un film étouffant, dérangeant dans ce qu’il raconte, une parabole implacable sur les régimes autoritaires. On y voit clairement les nouveaux fascismes en ligne de mire (Trump, Orban, ...) mais ça pourrait être aussi l’islamisme radical ou les nouvelles formes de communisme comme en Corée du Nord. De traiter cela par le prisme d’une seule famille est original et ici tout à fait pertinent. L’expression « le ver est dans le pomme » prend ici tout son sens et la tension monte crescendo jusqu’au point de non-retour avec un final incroyable qui nous laisse KO.
Il y a une série qui nous vient en tête quand on voit « Anniversary » et c’est bien sûr « La Servante écarlate ». On a l’impression d’être devant le prélude de cet immense programme. Un prélude qui lui manquait justement. Il y a d’ailleurs Madeleine Brewer qui y jouait Janine qu’on retrouve ici au milieu d’un casting choral de haut niveau. La devenue trop rare Diane Lane y est immense et Kyle Chandler trouve un rôle à la hauteur de son talent comme on l’a rarement vu en jouer. Tous les acteurs jouant les enfants du couple sont également impeccables. On appuiera surtout le toujours excellent Dylan O’Brien et l’oie blanche Phoebe Dynevor en premier lieu tant, chacun à leur manière, ils sont effrayants de détermination et de froideur.
En utilisant des ellipses bien négociées, sautant d’une année à l’autre pour faire ressentir au spectateur l’évolution malsaine du pays à travers une maison et un jardin, le film est très malin. Comme dans la façon de rester vague sur les tenants et les aboutissants de cette nouvelle idéologie. On suppose, on ressent et on tremble. On s’imagine le pire et on est scotché à notre fauteuil par la progression tétanisante des événements qui se jouent sous nos yeux. La mise en scène de Jan Komasa est en outre terriblement anxiogène, presque glaciale, accentuant la force du propos. « Anniversary » dispose de dialogues implacables trouvant leur apogée dans les séquences de repas où l’on sent que tout peut exploser à chaque instant. C’est vraiment une œuvre forte et qui tend à se raréfier et dont l’ultime image alimentera les débats en refusant une conclusion à la moralité claire. On n’est pas loin du chef-d’œuvre ici. En tout état de cause c’est à ne louper sous aucun prétexte!
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