La première demi heure de "Anomalisa" fait partie des choses les plus dérangeantes et pourtant fascinantes vues ces derniers temps... et ce, peut-être d'autant plus si l'on a soi même le malheur de vivre une vie pareille entre avions, aéroports, taxis et hôtels : l'angoissant sentiment d'uniformité et d'aliénation (terme convenu mais ici valide) est incroyablement transmis, accentué par la technique employée, cette animation "frame by frame" de marionnettes, très originale au demeurant dans les choix d'un ultra-réalisme rarement vu auparavant. Mieux encore, une scène, inexpliquée, magnifique, nous montre le personnage principal (le seul "unique", jusque là) percevoir une sorte de béance sonore qui ouvre des tréfonds de paranoïa phildickienne, laissant espérer un film immense, illustrant pour la première fois à l'écran le vertige d'"Ubik". Malheureusement, la suite du film - hormis une magnifique scène de cauchemar - choisit de revenir vers les obsessions habituelles (et plus convenues) de Kaufman, entre le trou vertigineux de la dépression et l'illusion de l'amour salvateur, vite balayé par l'horreur quotidienne. C'est affreusement dommage d'avoir au final choisi la voie de l'allégorie psychologique, alors que le mécanisme de "Anomalisa" permettait quand même quelque chose d'autrement plus époustouflant ! [Critique écrite en 2016]

Eric-Jubilado
6
Écrit par

Créée

le 29 nov. 2016

Critique lue 494 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 494 fois

8

D'autres avis sur Anomalisa

Anomalisa

Anomalisa

6

CableHogue

le 30 janv. 2016

Suivre

Persona

Anomalisa est un bon film-concept. Cependant, comme tout film-concept, il obéit à une mécanique qui, bien que finement élaborée, ne tient qu’un temps. La première demi-heure est absolument...

Anomalisa

Anomalisa

5

mymp

le 1 févr. 2016

Suivre

Spleen 'n' puppet

Charlie Kaufman, on le connaît, c’est le mec avec cette tête d’ahuri dépressif, scénariste génial et torturé chez Michel Gondry (Human nature, Eternal sunshine of the spotless mind) et Spike Jonze...

Anomalisa

Anomalisa

8

Cultural_Mind

le 12 mars 2017

Suivre

La valse des pantins

S'il est un film qui porte la désillusion en bandoulière, c'est forcément celui-ci. Parce qu'il ne cesse de scander l'inassouvissement, notamment familial et amoureux, mais aussi parce qu'il exploite...

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

le 15 sept. 2020

Suivre

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

le 29 nov. 2019

Suivre

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

1917

1917

5

Eric-Jubilado

le 15 janv. 2020

Suivre

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...