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Spoilers nécessaires à l'analyse.

Voilà ce que doivent se dire tous les mâles blancs qui seraient tombés par hasard sur ce film en allant au ciné voir le dernier film d’horreur lambda. Fatale erreur, car voici le dernier né de la génération des militants de la justice raciale, qui compte bien remettre en lumière toute l’atrocité quotidienne que subissent les personn.e.s noir.e.s dans le monde blanc occidental. Je tiens tout de suite à préciser que je ne voulais pas voir ce film au début, mais que des éclaireurs un peu trolls n’ont pas arrêté de me harceler pour que je le visionne, persuadés que j’allais en dire du mal pour le racisme évident des stéréotypes blancs et pour la dégueulasserie communautaire de l’ensemble. Et bien j’en dirai du bien ! Car si on cède, on se retrouve avec des MP du Lapin Taquin ou du JDG, puis des tweets de Le Pen et de Trump.

Déjà l’intro au violon qui plante une gravité sans faille dans la mise en scène racia.le et de la scène de torture des personn.e.s racis.é.e.s. nous témoigne déjà des ambitions mémorielles (un brin minorées tout de même, on sait que pour ces périodes sombres de l’histoire, la réalité est toujours pire que les représentations cinématographiques, et qu’aucun esprit blanc ne peut concevoir la chose). J’inviterai donc le public à checker au moins un de ses privilèges à chaque fois qu’un détail antiraciste apparaît à l’écran. On en compte au moins 5 par minutes.

Je ne décrirai pas le film en détail ici, pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte au public progressiste qui viendra voir le film. Il pourra savourer toute la puissance d’une mise en scène qui ne rate pas une occasion de souligner le privilège blanc et l’insupportable arrogance dominatrice de cette sale race qui passe son temps à violer des fem.mes et à torturer des homm.es de coul.eur pour passer le temps (ils n’ont pas de smartphone). Mais d’un coup, le film via une transition, se déroule à notre époque, avec des person.nes afro-américai.n.e.s qui sont intégrées dans la société. Enfin intégré.e.s, c’est vite dit, la mise en scène d’un entretien d’embauche avec des allusions raciales déguisées vient nous rappeler la longue liste des privilèges de la javelle. Mais c’est curieux, ce sont les mêmes acteurs dans la reconstitution historique du début et dans le présent. Mais en fait, c’est parce que le scénario nous réserve un twist digne de Shyamalan ! En fait, ce sont des blancs racistes (pléonasme) qui kidnappent des membres de la communauté afro et qui les emprisonnent dans une reconstitution des propriétés du sud pour vivre comme au bon vieux temps. Le rêve de ce même public qui avait aimé la performance de Di Caprio dans Django Unchained (qui rendait son personnage beaucoup trop cool dans sa performance d’acteur, alors qu’ici, le surjeu fanatique des acteurs blancs qui insistent sur chaque remarque raciale n’incite vraiment à aucune affection à leur égard). Et c’est là que le film trouve enfin tout son sens. « Le passé n’est pas mort. Ce n’est même pas le passé », qu’on nous disait en intro. Ca continue réellement. Mais réellement. Aujourd'hui.

Il va falloir le répéter pour que ce soit assimilé, mais les blancs sont une plaie. C’est dans leurs gênes, l’oppression s’incarne dans chacune de leurs actions et jamais il ne faut leur accorder la moindre confiance. Même un jeune blanc qui pourrait avoir l’air sincère cache en lui un loup qui mordra dès qu’il s’en sentira capable. Même un blanc progressiste qui défend la cause noir.e le fait simplement par crise d’égo, pour avoir l’air humaniste et de haute valeur morale auprès de ses autres potes blancs progressistes, mais les personnes noires connaissent leur valeur réelle. Les blancs s’étant déjà mis hors humanité de part leur colonialisme (aucunement comparable avec l’expansion islamique) et leur racisme (dont l’abolition n’a changé en rien les préférences raciales de l’homme blanc, ultime preuve de leur volonté discriminatoire), il convient de constamment leur rappeler combien veule est leur race, combien pathétiques sont leurs tentatives de rachat, et combien la vengeance qui arrive fera mal. Car c’est bien ça que nous prophétise le film : la guerre raciale. Et pas la guerre de Sécession des bouquins d’histoire (cette guerre instrumentalisée par la politique blanche où l’abolition de l’esclavage a enchaîné sur l’apartheid), mais la nouvelle guerre raciale, celle qui va arriver maintenant. Car la première était toujours commandée par des blancs, elle n’a servi à rien (et le fait que l’Eglise catholique ait interdit l’esclavage dès l'année 1537 ne changeait rien, puisqu’elle était blanche). Le temps est venu de laver la terre de cette sale engeance sans couleur, de renvoyer le démon blanc de l'enfer d'où il est sorti, afin de se retrouver enfin entre communautés humaine dans un élan fraternel fédéré par la Divers.Cités, débarrassés enfin de cette sale race raciste. Car les races existent et certaines ont plus de mérite que d'autres si on suit cette logique. L'héroïne le dit elle même : la libération vaut mieux que l'intégration, qui pousse aux compromis et à la corruption des idéaux. Voilà en 2020 l'aboutissement de la pensée anti-raciste : démontrer enfin la toute puissance de la communauté raciale au dessus de la société et d'un ordre commun.

D'ailleurs, mentionnons qu'elle tient ce discours devant une assemblée de femmes de couleur dans le cadre d'une conférence féministe racisée (double oppression systémique), dont 20% des gains sont reversés à des facultés réservées aux étu.diant.e.s noir.s.e. Magnifique, j'aimerais voir les programmes scolaires de ces établissements, je suis sûr qu'on reprendrait alors conscience des carences de l'éducation blanche (un peu de panafricanisme comme on l'aime). Je mentionnerai également le choix esthétique des boissons personnalisées : l'héroïne noire boit du café ou un chocolat chaud (boisson marron) et la blanche un bon grand verre de lait. Un truc qui m'a rappelé le passage de 99 francs où le patron blanc riche de droite ironisait devant un top modèle noir "Je ne suis pas raciste, mais peut être quand on ressortira un yaourt au chocolat". Un petit rappel sur l'objetisation (pas mercantile mais symbolique, nuance) des concepts de luttes qui permettent de créer des nouveaux marchés pour les entreprises audacieux.se.s qui viennent soutenir la cause dans leurs campagne marketing. On sait aujourd'hui qu'avec quelques femmes payées pour fumer dans les cortèges féministes des années 60 et quelques journalistes payés pour relayer l'info, la cigarette devint un symbole de l'émancipation des femmes et permit de débloquer un marché potentiel de la moitié de la population aux Etats Units qui ne fumait quasiment pas avant les évènements. Une véritable avancée pour la cause féministe, qui avait enfin la clope au bec pour pouvoir s'émanciper du patriarcat (et puer de la gueule comme un vrais mec).

Bref, il faut voir ce film, car sinon, ce serait assez suspect. Ne serait-ce que pour saluer la bienveillance et la positivité du combat contre le racisme des blancs. Comme disait Rose Bosch (sur le sujet tout aussi préoccupant de La Rafle) : "Je me méfie de toute personne qui ne pleure pas en voyant le film. Il lui manque un gène : celui de la compassion."

Voracinéphile
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il y a plus d’un an

37 j'aime

60 commentaires

Antebellum
Voracinéphile
1
Antebellum

C’était le bon temps…

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dagrey
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