Apex
5.2
Apex

Film de Baltasar Kormákur (2026)

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Entre sommets et bas-fonds : la traque efficace d’Apex à vouloir rendre hommage

Ne tournons pas autour du pot : Apex s’impose comme un bon petit film de genre. S’il ne marquera probablement pas les esprits plus que de raison, il saura s’attirer les faveurs du cinéphage gourmand en quête d'efficacité.

Le long-métrage peut néanmoins compter sur une réalisation particulièrement solide, dotée d’une mise en scène immersive qui colle au plus près de son propos.

À l'écran, l'œuvre est portée par un duo d’acteurs viscéralement investis dans leurs personnages respectifs.

On regrettera tout au plus une ombre au tableau : une fâcheuse tendance à sur-expliquer le traumatisme de Sasha.

Alors que le spectateur sait parfaitement ce qui lui est arrivé, le film cède à la facilité du rappel systématique, oubliant qu’un public n’a pas toujours besoin qu’on lui tienne la main.

Pourtant, sous ses airs de série B efficace, le film tisse des liens thématiques profonds avec la culture pop.

Car sous ses dehors de petit film de plateforme à regarder parceque c’est la nouveauté du catalogue Apex est un hommage du réalisateur à deux Mastodonte de cette culture Pop, que nous aimons tant décrier , mais que nous aimons presqu’un secret honteux.

Les cinéphiles les plus avertis auront immédiatement décelé le parallèle évident entre Apex et le chef-d’œuvre matriciel Délivrance de John Boorman, partageant cette même descente aux enfers géographique et morale.

De leur côté, les gamers n’auront pas pu passer à côté des similitudes frappantes avec l’univers de Far Cry 3, où la survie en milieu sauvage exige de réveiller le prédateur qui sommeille en chaque homme.

Ben, l'homme des profondeurs et de la régression

Ben est viscéralement lié au sombre, à la rivière et aux cavernes.

La caverne : C'est le lieu de ses crimes, un espace souterrain et utérin où il cache ses secrets et mange de la chair humaine. En psychanalyse, la caverne représente le subconscient refoulé, les pulsions les plus basses et primitives de l'humanité.

L'eau et la boue : Ben utilise la rivière et la boue pour se camoufler. Il rampe, stagne et piège. C'est l'élément de la décomposition et de la stagnation psychologique. Il est prisonnier de son propre trauma (le meurtre de sa mère) et cherche à y maintenir le reste du monde.

Sasha, la quête des sommets et de la vie

Au début du film, Sasha est écrasée par son propre traumatisme. Elle est "bloquée" en bas, dans le deuil et le renoncement.

Sa rencontre avec Ben va la forcer à faire un choix : se laisser enterrer dans la caverne ou se battre pour remonter.

Le trauma comme ancrage : Le sol et les bas-fonds représentent son envie d’ abandonner.

Tant qu'elle reste au niveau de Ben, elle subit son jeu.

L'élévation physique et spirituelle : Pour survivre, elle doit littéralement grimper. Le film culmine par une ascension de falaise. Les sommets représentant la lumière, l'air pur, la clarté d'esprit et, ultimement, l'envie de vivre.

La rédemption par la verticalité

La victoire de Sasha ne réside pas seulement dans le fait de tuer ou non Ben, mais dans le fait de s'élever au-dessus de lui.

Lorsqu'elle force Ben à grimper la falaise avec sa jambe brisée, elle le tire hors de son élément (les cavernes) pour l'amener dans le sien (les hauteurs).

Comme un chasseur fait sortir le gibier de sa zone de confort.

La tendance s’inverse et la proie devient le prédateur.

La chute finale de Ben dans le vide scelle sa nature : il appartient définitivement au gouffre.

En atteignant le sommet, Sasha laisse son trauma derrière elle, purifiée par l'effort et la survie. Elle retrouve sa place dans le monde des vivants.

Nous assistons donc à un combat presque mythologique : c'est le combat d'Icare où la protagoniste doit monter vers le soleil pour échapper au monstre du labyrinthe souterrain.

Le parallèle entre Apex et Délivrance (John Boorman, 1972) est saisissant.

Les deux films utilisent la géographie sauvage comme un espace de thérapie brutale.

Ils mettent en scène une descente aux enfers (la perte des repères civilisés) suivie d'une obligation de s'élever, au sens propre comme au figuré, pour survivre.

L'homme du sombre et des cavernes : Ben vs Rednecks

Dans Délivrance, les agresseurs consanguins des montagnes partagent la même nature souterraine et régressive que Ben.

L'ancrage dans la boue : Les autochtones de Délivrance émergent des bois sombres et des rives boueuses. Ils n'ont pas de spiritualité élevée ; ils sont le produit d'une nature sauvage, consanguine et non civilisée.

La régression animale : Tout comme Ben bave, crie comme un oiseau et lime ses dents, l'agresseur dans Délivrance force le personnage de Bobby à « couiner » comme un cochon.

Ils rabaissent l'humain civilisé au rang de bétail ou de gibier, exactement comme Ben transforme ses proies en viande séchée.

La rivière comme espace de stagnation et de mort

Dans Apex , Ben maîtrise la rivière elle est son outil de déplacement et de délassement .

Dans Délivrance, la rivière Cahulawassee est le personnage central.

Le courant qui emporte : La rivière dans Délivrance est au départ un divertissement, mais elle devient rapidement un fleuve Styx mythologique.

Elle coule vers le bas, entraînant les personnages (Ed, Lewis, Bobby, Drew) vers la mort, les traumatismes et la perte de leur humanité

Le poids du secret : C'est dans le lit de la rivière que les citadins cachent les cadavres de leurs agresseurs.

L'eau devient le tombeau de leur innocence, tout comme la caverne de Ben est le cimetière de ses victimes.

La quête des sommets : Ed et Sasha face à la falaise

Le point de bascule psychologique des deux films se joue sur la même figure topographique : la falaise.

Pour vaincre le monstre du bas, le héros doit grimper.

L'ascension d'Ed : Dans Délivrance, pour tuer le second agresseur embusqué avec son fusil en hauteur, Ed (Jon Voight) doit entreprendre une escalade nocturne terrifiante à mains nues le long d'une falaise abrupte.

L'abandon du trauma par l'effort : Ed est un homme de bureau passif, terrifié. En grimpant cette roche verticale dans le noir absolu, il se dépouille de sa lâcheté.

Cette ascension physique est identique à celle de Sasha : c'est le moment précis où la proie refuse de mourir en bas et décide de devenir le chasseur en haut.

La rédemption et le retour des sommets : Une victoire amère

Le sommet atteint : Ed réussit son tir à l'arc depuis le sommet, tout comme Sasha fait tomber Ben dans le vide depuis la crête. Le prédateur est renvoyé au néant d'où il vient (le fond du gouffre, l'eau de la rivière).

Le prix de l'élévation : Là oùSasha semble trouver une rédemption lumineuse en oubliant son trauma, la conclusion de Délivrance est plus sombre.

Ed survit, il est retourné à la civilisation (les hauteurs de la société), mais le film se termine sur le cauchemar d'une main sortant de l'eau. L'élévation a eu lieu, mais le traumatisme des profondeurs reste ancré dans son esprit.

Les Similitudes : Les Piliers du Mal Primitif

Le Souverain du Territoire Hostile : Les trois antagonistes tirent leur puissance absolue du paysage qu'ils incarnent. Ben règne sur l'Outback et ses cavernes, les montagnards sur le fleuve sauvage de Géorgie, et Vaas sur la jungle étouffante des Rook Islands. La "civilisation" y est une faiblesse ; la connaissance parfaite du terrain fait d'eux des dieux locaux.

La Déshumanisation de la Proie : Tous dépouillent leurs victimes de leur dignité humaine pour les réduire à l'état d'animaux.

Ben transforme les corps en viande séchée (beef jerky), les montagnards rabaissent Bobby en le forçant à imiter un cochon, et Vaas enferme les touristes dans des cages comme du bétail destiné à l'esclavage ou à la mort.

Le Reflet Psychologique du Héros : L'antagoniste sert de catalyseur. Il est le miroir sombre du protagoniste.

Pour le vaincre, le héros doit abandonner sa morale et éveiller sa propre part de sauvagerie (Sasha dans Apex, Ed dans Délivrance, Jason Brody dans Far Cry 3).

« Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l'abîme regarde aussi en toi. »

Friedrich Nietzsche. « Par delà le bien et le mal »1886

Les Différences : Origines, Motivations et Folies

Ben (Apex)

La Nature de la Folie : Mystique et rituelle. Il se fabrique un code spirituel, se lime les dents et imite des traditions tribales pour justifier ses pulsions.

La Motivation du Crime : La transcendance. Il chasse pour affirmer son statut de « prédateur ultime » (apex predator) supérieur aux autres.

Rapport au Passé (Le Trauma) : Le matricide fondateur. Sa folie découle directement du meurtre de sa propre mère, un acte qu'il considère comme sa renaissance.

Les Montagnards (Délivrance)

La Nature de la Folie : Sociale et primitive. Une folie née de la consanguinité, de la misère intellectuelle et de l'isolement complet de la société moderne.

La Motivation du Crime : La domination territoriale. Une violence opportuniste, sexuelle et punitive envers les citadins qui empiètent sur leur terre.

Rapport au Passé (Le Trauma) : L'absence d'histoire. Ils n'ont pas de passé individuel. Ils sont le produit anonyme et immuable d'un terroir oublié.

Vaas Montenegro (Far Cry 3)

La Nature de la Folie : Psychotique et théâtrale. Une démence nihiliste induite par la drogue, les trahisons familiales et le chaos.

La Motivation du Crime : Le divertissement et le profit. Il gère un trafic d'êtres humains par sadisme et pour l'argent, tout en cherchant à briser l'esprit de ses proies.

Rapport au Passé (Le Trauma) : La trahison familiale. Brisé psychologiquement par sa sœur Citra et le parrain de la drogue Hoyt Volker.

Les similitudes ne s'arrêtent pas à Délivrance et Far Cry.

Apex tisse également un lien indéniable avec Wolf Creek, particulièrement à travers son décor et la nature de son antagoniste.

Le film nous plonge dans un environnement hostile et désertique, un huis clos à ciel ouvert qui rappelle immédiatement l'immensité isolée de l'outback australien.

C’est dans ce cadre impitoyable qu’évolue un tueur au profil glaçant : un "chasseur" sadique et méthodique.

À l'image de Mick Taylor dans Wolf Creek, le bourreau d'Apex ne cherche pas seulement à éliminer ses proies, mais prend un plaisir viscéral à les traquer, transformant le terrain de jeu en un laboratoire de cruauté humaine

La Métaphore

Les montagnards de Délivrance représentent le Passé immuable : la nature sauvage brute qui refuse de se laisser dompter par le progrès et qui détruit l'intrus.

Vaas (Far Cry 3) représente le Chaos moderne : une folie anarchique, hyperconnectée mais totalement déraillée, où la vie humaine n'a plus aucune valeur.

Mick Taylor : Le chasseur , qui mène le jeu, Une proie et un but.

Ben (Apex) se situe à l'intersection des deux. Il est l'homme moderne qui choisit délibérément de retourner à l'âge de pierre. Contrairement aux montagnards qui subissent leur isolement, Ben l'a théorisé, construit et ritualisé. Il ne cherche pas seulement à tuer ou à défendre son territoire, il cherche à devenir un mythe souterrain, le monstre caché au fond de la gorge.


Mais n’oublions surtout pas avant toutes analyses que les films sont des œuvres de personnes qui y mettent du temps de l’énergie , parfois leur souvenir ,leur émotions , leurs propres traumas, simplement pour nous divertir.

Donc merci à eux.





Alexandre72
7
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le 14 mai 2026

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Alexandre72

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