Après une première partie un peu ronflante (si l’on excepte l’étrange échange de gros plans lors du récital, aux visages hypnotisés et comme ralentis par la transe), le film se fait remarquable dans sa dernière ligne droite. Il s’agit d’une longue transe, là encore, qui parvient parfaitement à retranscrire par son montage à ellipses et à répétitions combien l’idéal romantique macabre contamine le film et le désagrège, tout comme il altère la raison du personnage : la narration semble alors se déliter, comme elle filerait entre les doigts, endormie dans un mouvement de plus en plus somnambule et éthéré. Le <i>« Je suis heureux »</i> final dit parfaitement bien la manière dont ces personnages romantiques se perdent dans leur propre délire, qui va toujours de pair avec la réclusion.
L’une des qualités de cette dernière partie est aussi, pour une fois, de se tenir à une certaine distance du trucage (qui prend seulement ici la forme de quelques apparitions). Si ces trucages sont chez Bauer plus ou moins réussis selon les films, ils n’y sont jamais gracieux : il n’en sort jamais une réelle beauté, ils ne servent qu’à maladroitement transmettre une information. Ici, les très simples effets de substitution (qui faisaient déjà le meilleur des <a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/59zYar"><i>Ténèbres de l'âme féminine</i></a>) aident bien mieux à donner à cette obsession macabre une dimension paranoïaque, viscérale et hallucinatoire, que complètent élégamment les jeux d’alternance de couleurs (le fait que la paradis mental n’en ait pas, de couleurs, est d’ailleurs assez révélateur du calme et du repos qu’on recherche dans le repli en soi-même, contre un réel et des angoisses difficilement vivables).
<i>(<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/qfu64">Evgueny Bauer - 9 films</a>)
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