Il était difficile, jusqu’ici, de considérer Makoto Shinkai autrement que comme l’enfant dégénéré d'une animation japonaise sur son déclin (on pourra citer toutes les nouvelles têtes qu'on veut, Hosoda, Hara ou Yuasa : ils restent bien légers face aux grands noms des années 90). Son film phare, <a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/5ElrM9"><em>Cinq centimètres par secondes</em></a>, laissait entendre un cinéaste qui n’a retenu de ses aînés que les gestes de surface et de contenance : le petit reflet tremblant dans l’œil, les effets de lumière faciles, les murmures et suspensions, les corps mélancoliques prenant la pose comme des gravures de mode… Ces petites touches économes, Shinkai en fait la matière-même de son cinéma, virant le gâteau pour n’en garder que le glaçage, devenu plat principal à lui tout seul. Voilà pour le carnage ; et ce film-ci, pourtant, suggère qu’il pourrait en sortir quelque chose de grand. Shinkai témoigne certes, et ce dès le générique, d’un héritage télévisuel encore pesant (j-Pop terrifiante, persos et situations ultra-archétypaux), mais son savoir-faire narratif a muri, troquant les suspensions un peu vides pour un récit foisonnant dont la continuelle fuite en avant, et les multiples circonvolutions dramatiques, créent un cadre enfin adapté à ses fantasmes de toujours (visions cosmiques en plein jour, pureté outrée des atmosphères, micro-sensations de la vie urbaine). Son cinéma s’en retrouve comme débarrassé de sa gratuité ; et s'il reste encore à Shinkai un long chemin à faire pour se débarrasser de ses innombrables facilités, il est désormais permis de voir, sous l’épate et la collection d’effets de ce film bancal, une fibre impressionniste nouvelle et prometteuse, qui dessine enfin un futur crédible au vaste chaos post-Ghibli.

(<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://www.underthedeepdeepsea.com/notes-sur-les-films-vus-11/">source</a>)

Deep-deep-sea
7
Écrit par

Créée

le 11 août 2026

Critique lue 2 fois

Deep-deep-sea

Écrit par

Critique lue 2 fois

1

D'autres avis sur Your Name.

Your Name.

Your Name.

6

Sergent_Pepper

le 9 févr. 2017

Suivre

A nos corps dépendants

Question : que dire d’un film qu’on a pas entièrement compris ? Option N°1, dite du melon : c’est n’importe quoi, ça ne veut rien dire. Option N°2, dite de l’humble : je suis limité...

Your Name.

Your Name.

9

Behind_the_Mask

le 3 déc. 2017

Suivre

What is love ?

Romantique, mélancolique, lyrique, Makoto Shinkai est un peu tout cela à la fois. Mais de manière un peu trompeuse, à vrai dire. Ses moyens métrages répondent à l'ensemble de ces canons, tant 5...

Your Name.

Your Name.

10

L_Otaku_Sensei

le 14 janv. 2017

Suivre

Your Name ou l'histoire d'une séance de cinéma que je n'oublierais jamais !!!

13 Janvier 2017....une journée qui commençait comme toutes les autres, ordinaire, j'avais enfin ce jour là l'occasion tant attendue d'aller voir Your Name, dernier long métrage en date. Succès...

Du même critique

Zootopie

Zootopie

6

Deep-deep-sea

le 11 août 2026

Suivre

Critique de Zootopie par Deep-deep-sea

<i>Zootopie</i> est un film sympathique, pris dans une contradiction entre sa parabole anti-raciste (ne pas se fier aux clichés inhérents à chaque espèce) et l’anthropomorphisme qui fait...

Zombillénium

Zombillénium

4

Deep-deep-sea

le 11 août 2026

Suivre

Critique de Zombillénium par Deep-deep-sea

Projet plutôt intriguant, <em>Zombillénium</em> est finalement peu convaincant. Son récit ressemble à une note d’intention (il faut voir comment chaque personnage est caractérisé et...

Your Name.

Your Name.

7

Deep-deep-sea

le 11 août 2026

Suivre

Critique de Your Name. par Deep-deep-sea

Il était difficile, jusqu’ici, de considérer Makoto Shinkai autrement que comme l’enfant dégénéré d'une animation japonaise sur son déclin (on pourra citer toutes les nouvelles têtes qu'on veut,...