Et si chaque arc-en-ciel cachait en réalité un voyageur temporel ? C’est du moins le postulat d’Arco, lauréat du Cristal du meilleur long-métrage à Annecy, qui déboule en salles avec sa cape aux couleurs éclatantes, bien décidé à colorer notre automne un peu grisâtre.
Pour ses premiers pas au cinéma, Ugo Bienvenu dégaine les gros crayons pour Arco. Puisant aussi bien dans les films populaires de notre enfance que dans l’esthétique futuriste et les angoisses brûlantes de notre époque, il signe une œuvre qui cherche à captiver petits et grands. À travers une vision à la fois fantasmée et cauchemardesque d’un futur possible, son propos est clair : il ne sert plus à rien de réfléchir demain, mais bien après-demain, ce qui pourra être bâtie ou reconstruit après le déluge.
De Charybde en Scylla
Après avoir marqué le 9e Art de son empreinte avec des BD comme Préférence Système ou Total, Ugo Bienvenu s’aventure pour la première fois sur le terrain du long-métrage animé, bien qu’il est déjà réalisé quelques clips et court-métrages. Présenté au Festival d’Annecy 2025, Arco témoigne d’un accent sensible et solide de la grammaire cinématographique. Le réalisateur fait preuve d’un sens aigu du design, une science du cadre (voir ces magnifiques plan que le film sèment comme des doubles page de BD) et une imagination nourrie de références pop et mythologiques.
Son univers graphique, immédiatement identifiable sur la page, se transpose à l’écran avec harmonie. Mais cette transposition n’est pas sans défis. Si les décors et les compositions impressionnent par leur maîtrise plastique, l’animation des visages se révèle plus fragile. Bienvenu semble encore chercher l’équilibre entre le dessin pur et l’incarnation animée. Évidemment, le film souffrira la comparaison avec le talent de Jérémie Périn et la 2D de son Mars Express, sorti 2 ans auparavant. Mais si l’un a été boudé lors de son passage à Cannes, l’autre aura réussit à raflé le gros lot à Annecy.
Cela dit, ces limites n’éclipsent pas l’ambition du projet : Arco est une œuvre qui revendique un geste singulier tout en restant dans la continuité artistique d’un auteur qui ose confronter son imaginaire de papier à celui du grand écran. En cela, le film se positionne comme une tentative excitante de réinventer l’animation française. Après J’ai perdu mon corps, Le Sommet des Dieux, ou encore Amélie et la métaphysique des tubes cette même année, l’animation française a le vent en poupe depuis quelques temps. De nombreuses artistes creusent le sillon d’un vaste champ en devenir. Après tout, il faudra bien remplacer Pixar. Et si l’avenir de l’animation était français ?
Critique de Sévan sur https://cineverse.fr/arco-de-ugo-bienvenu-avis-critique