Arco propose l'itinéraire du jeune héros éponyme, qui selon l'archétype du récit initiatique, doit subir un certain nombre d'épreuves avant de réaliser son potentiel d'être humain. A une nuance près : il ne s'agit pas de réaliser un rite guerrier ni de subir un épisode de soumission à la douleur comme dans le monomythe de Campbell, mais bien de vivre la découverte de l'humanité profonde, le film assumant totalement ses accointances avec les fables d'Asie, shinto et bouddhisme compris. a
Ainsi comme dans les contes "orientaux" la réalité n'est pas unidimensionnelle : elle subit les facéties d'une temporalité souple et poreuse. Les humains du futur ont trouvé le moyen de voyager dans le temps, et ils usent discrètement de ce pouvoir pour "guérir" une Terre épuisée, sans doute ravagée par les sociétés post-industrielles, en ramenant du passé des semences végétales qu'ils réintroduisent peu à peu dans leur écosystème aérien (ils vivent sur des plateformes immenses et stratosphériques pendant que la Terre se repose). Jusqu'au jour où le jeune et bien nommé Arco, voulant lui aussi connaître l'ivresse du voyage dans le temps (qui suppose de voler, littéralement) commet une maladresse et se retrouve projeté dans le passé, dont il aura bien du mal à repartir.
C'est dans le passé qu'il rencontrera Iris, l'amie absolue, l'âme soeur, l'alter ego que le futur ne lui a pas encore présenté. Parce que c'était elle, parce que c'était lui, commence une amitié à la vie à la mort. Avec pour projet commun de renvoyer Arco parmi les siens, quitte à le perdre.
C'est d'abord la beauté visuelle qui saisit au visionnage d'Arco. Sans conteste l'une des plus belle réalisation en animation de ces dernières années. D'abord, l'univers de soft SF ouvre à un design doublement innovant (le futur proche et le futur plus lointain) où l'on reconnaît le biais technologiques de nos sociétés actuelles, avec leur paradoxe : bien que les robots aient totalement investi l'espace professionnel et domestique, les humains sont accablé par le travail, comme les parents d'Iris. Cette dernière et son très jeune frère vivent sous la garde du robot domestique d'une touchante bienveillance. Ensuite, l'animation prend tout son sens dans le motif du voyage dans le temps, devenu possible à condition de voler tout en diffractant la lumière grâce à un prisme fiché dans la combinaison de vol. La lumière ainsi captée restitue les couleurs de l'arc en ciel (d'où le prénom du héros) et ouvre les strates du temps. Les séquences de vol tirent le meilleur parti de l'imagerie d'animation, quand les formes et les couleurs se courbent sous la poussée et la vitesse des voyageurs du temps.
Autre richesse du film : il n'y a là ni antagoniste ni idéologie. L'humain, devenu son meilleur ennemi reste l'alpha et l'oméga de la possible survie de l'espèce. On se retrouve ainsi près des contrées du studio Ghibli et de Haruo Miyasaki, dans lesquelles la rédemption est toujours possible, et où la morale est souvent questionnée par les enfants.
Une grande idée du film est de développer une vision futuriste à double détente : le futur proche que la technologie (très bienveillante) ne peut protéger des menaces écologiques, dont un incendie formidablement effrayant qui à lui seul forge l'avenir de l'humanité à court terme ; et le futur plus lointain, qui rappelle un peu les projections du Voyageur imprudent de Barjavel. Aucune de ces vision n'est radicalement catastrophiste, mais chacune souligne la grande fragilité de la vie sur terre, à l'image des ces deux enfants, Iris et Arco qui finissent par devoir fuir pour ne pas abandonner leur idéal.
Arco est aussi parsemé de références cinématographiques discrètes mais bienvenues, soulignant sans doute la modestie du projet, qui sait que son arc narratif n'est pas inédit mais que son traitement apporte une fraicheur et une vivacité qui fait honneur aux studios français. On reconnaît d'ailleurs dans le thème des paradoxes temporels une référence aux Maitres du Temps de René Laloux, d'ailleurs, le caractère design d'Iris est peut-être un clin d'oeil à ce chef d'oeuvre de 1982.
Riche de plusieurs niveaux de lecture, Arco trouve sa place parmi les récentes réussites de l'animation SF française (avec le remarquable Mars Express) et se laisse savourer comme un bonbon acidulé.