Il y a dans Arco quelque chose de profondément rare : cette impression d’assister à la renaissance d’un cinéma d’animation français à la fois poétique, visionnaire et sincère, capable de parler au cœur autant qu’à l’esprit tel qu'a pu le faire Mars Express précédemment. Pour son premier long-métrage, Ugo Bienvenu signe une œuvre d’une étonnante maturité, à la fois fragile et ambitieuse, où la douceur du trait côtoie la gravité du monde.
En 2075, Iris, une fillette de dix ans, voit tomber du ciel un garçon vêtu d’une combinaison arc-en-ciel. Il vient d’un futur lointain, 2932, et cherche à rentrer chez lui. De cette rencontre naît une fable sur le temps, la transmission et la beauté du monde, un conte d’anticipation à hauteur d’enfant, entre émerveillement et mélancolie. Bienvenu ose un pari audacieux : raconter la fin d’un monde sans s’y complaire, et imaginer un avenir où la technologie et la nature coexistent encore, fragiles mais solidaires, comme deux respirations du même souffle.
Visuellement, c’est un enchantement constant. L’animation 2D, d’une clarté limpide, renoue avec une forme de classicisme épuré, loin des effets numériques tapageurs. Chaque plan respire, chaque décor semble peint à la main, baigné d’une lumière tantôt laiteuse, tantôt incandescente. Les grandes étendues naturelles côtoient des villes sous coupoles, des cieux striés d’éclairs colorés, des cavernes où l’on grave encore la mémoire d’un monde en train de disparaître. Bienvenu y déploie un sens rare du cadre et du rythme, où chaque silence, chaque souffle, semble peser d’un poids existentiel.
Mais Arco, avant tout, est une histoire de regard et d’écoute. Celui d’une enfant qui apprend à voir autrement, et celui d’un visiteur venu d’ailleurs qui redécouvre la beauté simple du présent. Derrière les artifices du voyage temporel, le film parle de notre rapport à la planète, à la mémoire et à la responsabilité collective.
Si certaines transitions paraissent un peu légères, si quelques personnages secondaires se diluent dans le flot narratif (le meilleur ami par exemple), cela ne ternit jamais la cohérence émotionnelle du film notamment avec cette fin qui m'a surpris et ému. Arco préfère la fluidité à la rigidité, l’émotion au didactisme. Les séquences de fuite, la poésie du « langage des oiseaux », la beauté d’un regard échangé ou d’un geste suspendu traduisent mieux que mille discours la sensibilité de Bienvenu.
Arco est un film qui respire, qui contemple et qui croit encore à la possibilité d’un futur habitable. Un geste de cinéma lumineux, profondément humain, qui prouve que l’animation française n’a rien perdu de son âme, ni de son audace. C'est pour moi une belle découverte bien évidemment dans mon top des meilleurs films de l'année
A découvrir!