Il y a du Miyazaki dans Arco. Le film assume cette filiation avec une élégance désarmante : comme dans Le Château dans le ciel, un enfant chute des nuages, petit prince arc-en-ciel capable de voyager dans le temps, échoué dans une Terre futuriste où une fille, Iris, le recueille. Mais Ugo Bienvenu, auteur de BD avant d'être cinéaste, ne se contente pas d’imiter le maître nippon. Il partage avec lui cette vision poétique et mélancolique d'un monde en mutation, où des êtres solitaires tentent de préserver leur humanité. Sauf que son univers à lui respire aussi la bande dessinée francophone, ses cases bien cadrées, son trait volontairement épais lui offrent un tremplin pour affirmer sa propre voix.
Car le vrai tour de force d'Arco, c'est de penser chaque plan comme une image autonome sans jamais sacrifier le mouvement. Les décors y sont conçus avec la précision d'un illustrateur : le paradis suspendu dans les nuages du monde d'Arco, les écoles transformées en hubs temporels aux parois holographiques, jusqu'à cette camionnette déglinguée habitée par un trio de lunettes triangulaires, tout semble pouvoir exister hors du film, comme autant de planches de BD qui prendraient soudain vie. Cette esthétique affirmée trouve son accomplissement dans les scènes purement cinétiques : la chute inaugurale, les voyages dans le temps matérialisés par des traînées lumineuses. Le goût d'Ugo Bienvenu pour le mouvement devient alors le liant parfait entre son héritage graphique et les exigences du récit.
Mais ce serait mal connaître le film que de le réduire à ses seules qualités plastiques. Sous ses couleurs éclatantes, Arco explore avec une sensibilité rare ce que signifie espérer sans se voiler la face. La société future qu'il dépeint, où les machines suppléent presque entièrement les humains, n'a rien d'une utopie paresseuse : elle porte en elle les stigmates de nos renoncements, le repli pavillonnaire, la peur d'assumer le réchauffement climatique. Pourtant, le film refuse autant la niaiserie que le cynisme. Jusque dans son twist final, qui serre le cœur sans céder aux facilités, il maintient cette ligne de crête exigeante : croire en l'être humain tout en connaissant ses limites. Arco s'impose comme une œuvre nécessaire, la preuve qu'on peut faire du spectacle populaire avec de la substance, et du solarpunk à la française sans trahir l'héritage ni renoncer à l'avenir.