2070. Iris vit avec son petit-frère et leur robot-sitter dans une banlieue pavillonnaire désertée par des parents qui travaillent en ville.
Résidant au delà des nuages et dans un futur indéterminé, Arco passe ses journées à attendre sa famille qui voyage fréquemment dans le temps à des fins de recherche.
Deux enfants séparés par les époques mais réunis par leur expérience de la solitude et un même besoin d’évasion. Deux enfants qui, de surcroît, partagent le même prénom (iris, “arc en ciel” en grec; arco, abréviation de arcobaleno, “arc-en-ciel” en italien).
Le monde d’Iris s’irise littéralement, le jour où Arco franchit le pas de sa porte et, tel Pierrot descendu de sa lune, lui demande de l’aider. Ceux et celles qui connaissent la chanson l’auront deviné : la chandelle d’Arco est morte et celui-ci n’a plus de feu! Dit autrement, Ies deux enfants doivent se mettre en quête d’un diamant ou à défaut, d’assez de lumière pour lui permettre de voyager dans le temps et ainsi retourner chez lui. On notera les correspondances avec la figure d’Arlequin, autre personnage de la commedia dell’arte semblant avoir inspiré l’identité visuelle d’Arco (costume drapé multicolore, collerette, losange sur le front, cheveux plaqués et dissimulés par un vêtement…). C’est le lien privilégié qu’Iris et Arco vont tisser (rappelant fortement la romance entre Pierrot et Colombine) qui leur permettra de défier des parents démissionnaires, une terre en flammes, des robots policiers et peut-être - qui sait ? - de partir ensemble vers une autre planète.
Comptine écologique sans réelle adversité autre qu’un monde embrasé par l’activité humaine, Arco résonne dans nos mémoires, longtemps après la séance, comme le témoignage d’un futur radieux où la sobriété côtoie l’espoir et l’absolution. Car c’est peut-être là l’héritage du Pierrot 2.0 proposé par Ugo bienvenu: une peinture candide de l’avenir qui, à l’instar du célèbre personnage de la commedia dell’arte qui a traversé les époques, continue de nous transporter dans un rêve collectif.
Un film onirique qui rappellera à beaucoup, le cinéma de Miyasaki ou de spielberg et ravivera des souvenirs poétiques chez certains (ci-dessous le poème “Pierrot” de Verlaine, dans Jadis et Naguère).
“Ce n’est plus le rêveur lunaire du vieil air
Qui riait aux jeux dans les dessus de porte Sa gaîté, comme sa chandelle, hélas ! est morte,
Et son spectre aujourd’hui nous hante, mince et clair.
Et voici que parmi l’effroi d’un long éclair
Sa pâle blouse a l’air, au vent froid qui l’emporte,
D’un linceul, et sa bouche est béante, de sorte
Qu’il semble hurler sous les morsures du ver.
Avec le bruit d’un vol d’oiseaux de nuit qui passe,
Ses manches blanches font vaguement par l’espace
Des signes fous auxquels personne ne répond.
Ses yeux sont deux grands trous où rampe du phosphore
Et la farine rend plus effroyable encore
Sa face exsangue au nez pointu de moribond.”