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le 14 juil. 2023
SuivreLe temps suspendu
Je me range dans le camp des gens ayant aimé cet Asteroid City, si j'ai longtemps eu du mal à apprécier son cinéma, j'ai fini par vraiment tomber amoureux du style de Wes Anderson. Visuellement on...
Un désert, un train bringuebalant, des rochers… attendez, pour réussir cette scène il faut ajouter un joueur de banjo au fond à gauche… et voilà, dès les premières scènes on se dit que ce nouveau Wes Anderson va être long. Après un French Dispatch plutôt disparate et déjà sclérosé, le réalisateur poursuit sa caricature de lui-même, à tel point qu’Asteroid City ressemble aux vidéos générés par I.A sur le thème « tel film vu par Wes Anderson ». Le film, au scénario déjà fin sur une remise de prix scientifique obscure et de rencontre du troisième type, se double d’une mise en abyme sur l’auteur présupposé de la pièce, brisant le 4ème mur et l’illusion de cette intrigue désertique, alourdissant par là-même l’ensemble du film sans y ajouter de regard critique, bienveillant ou humoristique.
Les personnages aux couleurs saturées sorties d’une composition de Norman Rockwell n’en sont que plus factices et superficiels. Le refoulement des émotions se double de l’habituel absurde. Mais au final, quand tout est absurde, plus rien ne l’est, et il n’existe plus le décalage entre absurde et réel nécessaire à la connivence et à l’humour. Entièrement détaché de tout, les personnages n’offrent que peu d’aspérités et de sympathie, et je n’ai pas pu ressentir de connexion émotionnelle, voyant chaque nouvelle scène comme un recommencement de la relation. On attend continuellement que le film « démarre ».
Asteroid City reconnait lui-même manquer d'équilibre quand les cinq ados surdoués reconnaissent l’ennui d’un jeu auquel ils sont tous trop bons, sans véritable challenge. Ses propos font écho au nihilisme sous-jacent distillé à de multiples reprises dans le film.
Et malheureusement la technique ne vient pas spécialement relever le niveau. Je n’ai pas été touchée par les couleurs brûlées et sans contraste, très « jouets en plastique » du désert, ni du noir et blanc sobre mais un peu paresseux (un choix facile).
Alors que retenir de bien dans ce film ? Les références, de Norman Rockwell aux comics des années 50-60, ou encore au Gouffre au Chimères avec l’arrivée de la foire et des badauds. Références intéressantes mais qui me semblent plus pour le clin d’œil averti que pour un réel usage, à l’instar des multiples caméos. L’alien, somme toute suffisamment décalée par rapport au référentiel d’Anderson pour créer de la surprise et donc de l’émotion. Dommage également que son apparition soit dénuée d’interaction avec les autres protagonistes. L’interprétation ? Oui, mais là aussi il faut ignorer les caméos envahissants. Je retiens surtout les scènes de salle de bain à salle de bain entre Jason Schwartzman et Scarlett Johansson, qui établissent au fil des scènes une connexion et une profondeur, avec un aperçu presque volé de leur intimité. Mais surtout, enfin scène inattendue et touchante, cette scène de balcon entre Jason Schwartzman et Margot Robbie, comédiens en pause clope entre deux scènes, tout d’un coup réels et authentiques. Il se dégage de cette scène une vraie grâce suspendue, dans une scène où les masques tombent, dans une connexion à contre-temps. Wes Anderson sait donc encore créer cela, mais il semble l’avoir délaissé au profit d’une répétition et d’un enfermement stylistique obsessionnel. Serait-il donc arrivé au bout de son inspiration ? Asteroid City est-il le film de trop, ou au contraire la clôture d’une période artistique avant une renaissance ? Les paris sont ouverts.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films de 2023, Films vus avec le CS Cinema Club - 2023 et Les meilleurs films de Wes Anderson
Créée
le 29 juin 2023
Critique lue 54 fois
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