Le huitième méfait d'Almodóvar, malgré son corps goûteux et fruité, laisse un arrière-goût amer. En dépit d'un scénario malin qui transcende un banal syndrome de Stockholm en conte de fées immoral. En dépit de deux jolis personnages qui sortent habilement des conventions. En dépit du plaisir que l'on éprouve à voir le style d'Almodóvar s'affirmer dans une extravagante élégance faite de couleurs pulpeuses, de décors surréalistes et de cette sensualité débordante dont il a le secret.


Il y a clairement quelque chose qui manque dans "Atame!", et ce petit supplément qui aurait fait toute la différence, c'est simplement un semblant d'émotion. J'aurais aimé être touché par l'amour qui nait progressivement entre Ricky et Marina, mais le fait est qu'Almodóvar n'a pas su placer ce moment "coup de foudre" qui aurait fait toute la différence. L'alchimie bien réelle entre Banderas et Abril ne suffit malheureusement pas à nous faire comprendre ce qui provoque le basculement dans l'esprit de Marina. Hormis cet instant où elle comprend que le kidnappeur est en réalité plus vulnérable que sa captive dulcinée, les clés de sa psyché nous sont confisquées. Ternissant ainsi un final qui, sous des dehors libertaires et provocateurs, apparait dans le fond nettement plus conventionnel qu'espéré.


Dommage également qu'Almodóvar n'ait pas su donner la place qu'il méritait à son personnage profondément touchant de réalisateur à l'aube de la mort (excellent Francisco Rabal), qui aurait pu (dû) jouer un rôle de pivot dans toute cette histoire au lieu de se laisser abandonner sur la route.


"Atame !" fourmille d'idées, c'est certain, et orchestre une rencontre électrique entre deux bêtes charnelles à leur sommet d'incandescence, qui culmine dans cette scène de sexe chargée de sens, elle. Si seulement la suite du film s'était mise au diapason, peut-être que la sensation qu'il manque l'essentiel serait moins tenace... Pourtant, mystérieusement, même sans cet essentiel, le film possède un charme et une folie qui n'appartiennent qu'à son maître. Ca aide à pardonner.

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le 2 août 2017

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magyalmar

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