Old boy c'était il y a plus de vingt ans et, pour dire les choses très franchement, ça se sent un peu.

Park Chan-wook est désormais sexagénaire et sa filmographie approche la quinzaine de films.

Déjà, son précédent Decision to Leave avait peiné à me convaincre, notamment à cause de la lourdeur de sa démonstration qui tuait dans l'oeuf toute possibilité de subtilité et donc d'immersion. Eh bien rebelote concernant cet Aucun autre choix qui, bien qu'il quitte le polar au profit de la satire sociale, plonge dans les mêmes travers.


Ah mais que c'est balourd... Ça commence dans la petite maison familiale où, pendant cinq minutes, le film va bourriner comme un malade l'idee centrale qu'il compte faire passer : Yoo est socialement comblé.

Il a une jolie maison, une jolie femme, deux jolis chiens, un fils studieux, une fille violoncelliste surdouée, des chaussures très chères à offrir à madame et, surtout, de l'anguille hors de prix donnée par le patron pour agrémenter le petit barbecue familial. C'est un véritable matraquage. Et au cas où si on n'avait pas compris le message, tout ça se conclut par un gigantesque câlin collectif au terme duquel le personnage de Yoo nous dit, un sourire extatique aux lèvres : « je suis comblé. »

(Putain, merci, j'avais compris.)


Et tout le film est ainsi fait.

Ça met des plombes à avancer tellement ça bourrine les évidences. L'exposition dure à elle seule une demi-heure. Une putain de demi-heure !

Une demi-heure pour nous expliquer qu'à cause du licenciement de Yoo, il ne va plus pouvoir garder la maison, sa femme ne va plus pouvoir faire du tennis, sa fille ne va plus pouvoir faire du violoncelle, son fils ne va plus pouvoir garder les chiens, etc. C'est bon, j'ai compris l'idée ! Arrête, Park. Par pitié. ARRÊTE !

Et il faut qu'en plus de ça, la maison risque d'être rachetée par un gros goujat ? Que le poste de manager soit récupéré par un gros teubé ? Mais vas-y, enterre-toi, jusqu'au bout...


Et puis il y a aussi ce moment de la bascule. Ce fameux moment où, après une longue demi-heure, Yoo se saisit de son pot de poivrons rouges.

À cet instant de mon visionnage, je me souviens m'être demandé si, au bout du compte, il n'y aurait pas eu moyen de commencer l'intrigue ici. Et franchement, si, il y aurait clairement moyen.

En amorçant le film par cette filature, sans explication, le spectateur aurait mécaniquement été intrigué d'emblée, et encore plus au moment d'assister à la tentative d'assassinat. C'est là que serait intervenue la mamie. Yoo aurait alors essayé de noyer le poisson, de détourner l'attention, notamment en évoquant le type de papier que la vieille dame utilise pour emballer ses fleurs. Suspicieuse, l'ancienne lui aurait alors rétorqué un truc du genre « mais pourquoi vous me parlez de ça ? Vous êtes expert en la matière ou quoi ? », ce qui aurait été un prétexte pour Yoo, encore confus, d'expliquer qu'il est effectivement expert en papier, enfin qu'il était expert... Et c'est à ce moment-là que serait intervenu un coup de téléphone de sa femme, qui se serait étonnée que son abonnement de tennis ait été résilié et que les premiers versements pour la prof de violoncelle de sa fille ne lui soient pas parvenus... La vieille aurait alors compris la situation, et le spectateur avec elle. Faire ainsi, ça aurait permis de faire plus court, plus intrigant, plus susceptible de nous laisser un espace d'interrogation et d'interprétation... Ça, pour le coup, ça aurait été une bien meilleure intro.


Faut-il dès lors s'étonner que ce film s'étale sur 2h19 ?

2h19 d'un enchaînement de scènes couru d'avance. On sait où ça va et surtout on sait comment ça y va. On n'est jamais pris au dépourvu. Jusqu'au bout, le film tiendra sa démonstration balourde, au point de conclure avec une scène aussi consternante d'insistance que celle d'introduction. Sur cet aspect-là, ce film est un véritable enfer...


Alors, malgré tout, est-ce que ça veut dire que tout est à jeter dans cet Aucun autre choix ?

Heureusement, non. Il y a bien, de ci de là, des moments ou des plans qui détonnent.

Ici un duel pathétique sur fond musical inapproprié et assourdissant. Là un grand verre d'alcool qu'on vide à grands coups de plans aussi improbables que ludiques. Et parfois, par accident, on peut aussi se retrouver face à des scènes laissant espérer (en vain, malheureusement)une tournure plus originale des évènements.

Moi par exemple, j'ai bien aimé comme Yoo et sa femme tentent chacun de leur côté de corrompre leur voisin, au point de manquer de se neutraliser tous les deux. L'air de rien, cette scène marque un moment où, elle comme lui, sont amenés à faire tomber ce masque qu'ils s'affichaient mutuellement.

Malheureusement, le film n'en fait pas grand chose. À chaque fois, il retourne dans son schéma prévisible. Il s'enlise dans sa vraie fausse satire sociale.


Parce qu'au bout du compte, c'est surtout ça que, moi, je retiens de cet Aucun autre choix.

Au fond, il peine vraiment à être une satire sociale. On sent que Park n'est pas à l'aise avec le genre. Tout ça n'est au fond qu'un prétexte pour retourner rapidement vers ses petits jeux de massacre. Des jeux de massacres qui, dans ce cadre-ci, sombrent rapidement dans le racolage facile. Et ça, pour le coup, ça fait un peu mal.

La torture cruelle, dans le cinéma de Park, ça a toujours existé. Mais quand celle-ci était mobilisée au sein d'une intrigue de vengeance et de ressentiment, ça avait un sens particulier. Dans une situation où il s'agit de se débarrasser de concurrents pour lesquels on se montre compatissant, c'est juste hors-sujet.

Tout ça donne au film de Park des allures de cinéma qui, non seulement ne parvient pas à se réinventer mais qui, en plus, radote pas mal des gimmicks qu'il ressort davantage par réflexe que par vérifiable logique corrosive.


Je l'avoue, ça m'accable un peu cette manière de vieillir pour un artiste.

Park a fait partie de ces auteurs qui ont su populariser un certain cinéma coréen en France, il est regrettable de constater qu'aujourd'hui, il soit devenu synonyme d'un cinéma un peu rance.

Créée

le 14 févr. 2026

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