Aucun autre choix, ou comment te mettre mal à l’aise, mais dans le bon sens.
Comme Costa-Gavras avant lui, Park Chan-wook montre comment une société peut pousser quelqu’un à péter un câble sans qu’il soit spécialement mauvais au départ. L’aliéné moyen peut facilement se retrouver dans le protagoniste : juste un mec normal qui a construit sa vie autour du boulot, de la famille, du fait d’être quelqu’un de stable.
Et quand il perd ça, tout s’écroule à vitesse grand V.
Si on peut lire à droite et à gauche que le film tape assez fort sur la société coréenne, on peut honnêtement se dire que ça pourrait être partout pareil (d’ailleurs, Costa-Gavras faisait le même constat en France). On te vend le rêve du mec qui réussit, qui a une bonne situation, qui assure pour sa famille… sauf que si tu perds ça, t’as plus rien. Tu deviens presque invisible. Tu te retrouves endetté, perdu, avec le poids du regard des autres, de ta famille, etc.
Park Chan-wook n’invente rien, mais te rappelle que le système te broie tout en faisant semblant que tout va bien.
Ce qui marche vraiment bien, c’est la façon dont le cinéaste coréen te fait ressentir la pression. Le mec est constamment écrasé par sa situation. À plusieurs reprises, il est filmé comme s’il était coincé dans le décor, dans son appart, dans les bureaux, comme s’il ne pouvait déjà plus respirer. Tu sais qu’il va mal tourner, mais en même temps tu comprends pourquoi.
Les scènes où il prépare ses crimes sont notamment dérangeantes, car il fait ça comme s’il faisait ses courses ou un truc banal. C’est froid, méthodique (tout en restant artisanal), et ça rend la violence encore plus choquante quand elle arrive. Elle tombe d’un coup, sans prévenir, et elle est troublante parce qu’elle paraît presque logique dans sa tête.
Au passage, les comédiens sont très biens, beaucoup ont connu le succès dans des séries coréennes (Squid Game, Mr Sunshine, Crash Landing On You, Glory, etc), aucune idée si c'est un choix délibéré ou non de Park Chan Wook.
On retrouve aussi le style visuel du réalisateur, un peu dans l’esprit de ses films des années 2000. C’est très travaillé, parfois très stylisé, avec une violence assez frontale. Mais c’est jamais gratuit. Ça reste toujours au service du malaise et de la tension. Le film change aussi souvent de ton. Il y a une tension qui monte tout le long, mais parfois il balance un humour noir super sec qui te fait presque rire avant de te remettre une claque derrière. La musique joue beaucoup là-dessus aussi, elle crée un décalage bizarre qui rend certaines scènes encore plus inconfortables.
Aucun autre choix montre surtout qu’un mec normal peut basculer très vite quand il est coincé dans un système qui ne lui laisse aucune porte de sortie. C’est un film dur, qui met mal à l’aise, constamment sous tension, efficace, avec comme toile de fond la réussite sociale aussi fragile qu’un château de cartes.