Adapté du roman de Donald Westlake déjà porté à l’écran par Costa-Gavras en 2005 (Le Couperet), No Other Choice s’inscrit dans la veine récente du cinéma de Park Chan-wook. Lointain cousin de Decision to Leave, dont il partage la flamboyance formelle et certaines obsessions plastiques, ce nouveau film confirme les orientations d’un cinéaste qui semble désormais préférer le vertige des surfaces aux profondeurs du drame.
Dès les premières séquences, le film impose son esthétique : cadres millimétrés, chorégraphies visuelles impeccables, motifs symboliques récurrents. Park orchestre ses scènes comme des tableaux où chaque élément est signifiant, ou, du moins, cherche à l’être.
Trois ans après son dernier opus, quelque chose manque, et ça commence malheureusement à se faire sérieusement sentir. Le scénario, pourtant fondé sur une descente méthodique dans la violence, un homme poussé à tuer ses concurrents pour conserver son emploi, semble ici s’effilocher. Là où le roman développait une logique de purge sociale implacable, le film de Park réduit cette trajectoire à trois meurtres (contre six dans le roman et l'adaptation de Costa-Gavras), isolés, traités chacun sur le même mode burlesque. Non que ces scènes manquent d'efficacité ou de brio formel, mais aucune ne semblent faire progresser l’intrigue ou faire évoluer le personnage. L'amateurisme et l'imprudence du héros, d'une idiotie parfois désarmante, désamorce, là encore, toute tension dramatique.
C’est dans ce traitement que réside la limite du film. Chaque scène de violence est mise à distance par une ironie appuyée, une légèreté de ton. L’humour, s’il fonctionne souvent, finit par devenir un écran entre le film et son sujet. Et à force de surligner ses intentions par le symbolisme, Park Chan-wook semble oublier l’essentiel : faire exister une trajectoire dramatique, transmettre un vertige moral.
Il faut attendre les dernières minutes du film pour que le propos émerge avec un certain brio : critique d’un monde gouverné par les algorithmes, absurdité froide d'un capitalisme à l'ère des IA. Cette conclusion, habilement construite, aurait pu résonner puissamment si elle ne semblait pas plaquée sur un récit qui, jusque-là, s’était tenu à distance de son propre sujet, trop occupé à provoquer l'amusement un peu creux de son spectateur.
No Other Choice laisse au spectateur une impression diffuse d’inachèvement, et, plus encore, d’inconséquence. Comme si l’un des plus grands cinéastes de sa génération avait fini par styliser à ce point ses récits qu’il en avait oublié l’essentiel : leur insuffler une chair, un poids, un battement. À force de se tenir à distance de toute gravité, Park Chan-wook semble ici renoncer à l’émotion, comme si plus rien ne méritait d’être pris au sérieux. Et lorsque tout est tourné en dérision, plus rien n’a véritablement d’importance. On ne peut alors que regretter le Park Chan-wook viscéral, tragique, incandescent de Sympathy for Mr. Vengeance ou Old Boy, celui qui n’avait pas peur de plonger au cœur du drame, quitte à ce que ça l'amuse lui-même un peu moins.