Au départ, tout semblait si beau. La lumière tombait sur la maison, comme une promesse heureuse. Un couple qui s'aimait dans les pas l'un de l'autre, pour continuer de danser et rattraper le temps. Et leurs enfants, apprenant à grandir et à s'épanouir dans ce cadre merveilleux : ce jardin, cette mélodie qui promettait tant, et ces deux chiens libres qui traversaient l’espace sans jamais s’arrêter de se distraire.
Oui, mais voilà, un truc violent et brutal qui s'appelle le chômage fit son apparition dans la vie de Yoo Man-su (Lee Byung-hun). Et là, c'est toute une famille qui part en couille. Les deux chiens qui doivent partir. La maison qui rétrécit, le son du violon de sa fille, Ri-one, qui disparaît en même temps que les notes, trop coûteuses pour s’envoler. Son fils, Si-one, qui dérive sur des chemins où il s'égare, et sa femme, Miri, contrainte maintenant de se remettre au travail, fini les petits plaisirs. Sans oublier, bien sûr, Yoo Man-su, qui perd la boule.
On peut dire que rien ne va plus quand, après 25 ans de bons et loyaux services et le rachat d'une nouvelle firme américaine, on lui demande d’aller voir ailleurs.
Les débuts sont prometteurs. Malgré son ambition et sa beauté formelle, No Other Choice m'a laissé face à un paradoxe, tant son portrait de notre époque est à la fois saisissant et nécessaire. Mais c’est aussi un exercice de style qui, par son excès, s'éloigne parfois de la sincérité émotionnelle que Park Chan-wook cherche à exprimer. Partagé entre fascination et frustration, ce film laisse un goût d’inachevé, comme si la tentative de capturer la crise existentielle de la classe moyenne se heurtait à une forme trop rigide, trop ironique. Là où Park Chan-wook excelle habituellement à mêler violence et poésie, ici la violence intérieure de Yoo Man-su se dilue dans une structure trop longue, qui perd en intensité ce qu'elle gagne en exhaustivité.
Malgré ma déception, c’est un film qui mérite d’être vu pour sa lente et douloureuse descente dans le vide intérieur d’un homme moderne, qui ne supporte pas ce déclassement. Ce chômage qui le rend invisible aux autres, et surtout auprès de sa famille. Un monde où il ne produit plus rien, broyé par l'IA et la froideur d'une société de l'automatisation, qui le pousse à des choix extrêmes, délirants, comiques, et qui s’éteint progressivement sous une forme excessive, où la minutie devient lourdeur selon moi, et où la satire, au lieu d'être subtile, frappe avec un cynisme qui lasse.
Mais on retient aussi cette sublime photographie et sa précision saisissante avec finesse, montrant les moindres nuances de doute ou d'inquiétude sur les visages en gros plan. Tout en adoptant cet aspect parfois plus drôle et absurde de la quête maladroite, voire accidentelle, de Yoo Man-su. De même, les paysages s’assombrissent à mesure que la situation se détériore dans une jungle sociale où chaque CV est une arme de survie que Yoo Man-su cherche à dégommer, car il ne peut en rester qu’un.
Tous les acteurs sont bons, et notamment Ri-one qui joue sa fille. Remarquable lorsqu'elle ressent et transmet, avec humour et tristesse par la musique, toute l’ampleur émotionnelle du film.
Le réalisateur propose des pistes de réflexion à travers ces belles images et les symboles allégoriques qui parsèment son récit, dans cette poursuite immorale, notamment quand la pression, la culpabilité, la honte et le sentiment d’échec atteignent leur limite, et qu’il ne lui reste qu’une seule issue : la pire. Toute la représentation du déclin humain.