Il faut croire qu'on est inconsciemment et invariablement attiré par certains sujets (même si c'est ma fille qui m'a poussé à voir ce film, ce qui veut dire pas mal de choses). J'avais vu la version Costa-Gavras de ce film à sa sortie. L'ambiance, très banlieue proprette à la Desperate Housewives y était dominante. En réalité, peut-être un enfer, qu'on bosse ou pas.


Park Chan Wook nous propose ici un film d'humour noir, bien noir. Man-Su vient de se faire virer de son job. Eh oui, l'entreprise a été rachetée, il faut "rationnaliser". Ca veut dire coûter moins cher pour rapporter plus d'argent aux actionnaires. Ce n'est pas vraiment dit. Mais la violence du non-dit est sous-jacente.


Man-Su, spécialisé dans la fabrique du papier, cherche donc un job dans le même secteur, industriel et géographique. Ben oui, mais évidemment, il n'est pas seul, parce que les autres cadres de sa boîte ont été virés également. Et la maison, sa nouvelle femme, Mi-Rin, ses enfants ou beaux-enfants ? Et ses chiens ? et les cours de violoncelle de sa fille ? Qui va payer ? Il n'a aucun autre choix.


Le premier suspens, c'est de savoir si Man-Su va passer à l'acte. Le second suspens, c'est de savoir s'il va se faire réembaucher. Mais en sous-texte, le suspens final, c'est de savoir si sa femme va le couvrir ou pas. C'est finalement le coeur de l'histoire, même si ça reste une seconde histoire dans l'histoire.


Ici, la mise en scène est fine, mais pas baroque. Directe, noire, ironique. Elle souligne ce qu'on pourrait qualifier de péri-urbanisme, stylisé, presque parfait. On sent la violence, la pression sociale, la nécessité du statut, le risque de l'humiliation.


Le message est évident, il explose : quand tout devient lutte, la morale s'effondre. Statut social et dignité se confondent de façon presque horrifique. Curieusement, ou pas, ce ne sont pas les personnages principaux qui incarnent la juste voix. Ni les victimes, diverses et variées. La fille du couple en est sans doute une, mais une autre, épouse infidèle d'un autre chômeur, moins visible, en est une autre : "ce que je te reproche, ce n'est pas d'être au chômage, mais de te complaire dans ton vide". Au point d'être alcoolique. Les mots ne sont sans doute pas ceux-là, mais c'est l'esprit.


Alors oui, il y a des longueurs, oui, c'est parfois un peu trop appuyé. Mais c'est démonstratif. Mon avis ? Oui, le néo-libéralisme tue. Mais je n'arrive pas à être complètement convaincu qu'un autre système ne tue pas. Mais tant qu'on n'a pas essayé...

John-Peltier
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2026

Créée

le 31 mars 2026

Critique lue 4 fois

John Peltier

Écrit par

Critique lue 4 fois

1

D'autres avis sur Aucun autre choix

Aucun autre choix

Aucun autre choix

7

Sergent_Pepper

3176 critiques

Decision to grieve

Le cinéma de Park Chan-Wook semblait avoir opéré une évolution à partir de Mademoiselle, confirmée par Decision to leave : plus lyrique, moins violement grotesque que dans sa fameuse Trilogie de la...

le 12 févr. 2026

Aucun autre choix

Aucun autre choix

5

ArthurDebussy

336 critiques

Beaucoup d’humour (noir), peu de réflexion…

Première grosse déception de l'année. Je pensais que Park Chan-wook s'était un peu calmé et qu'il était enfin arrivé à une maturité artistique pleine de promesses de bons, voire de grands films à...

le 9 févr. 2026

Aucun autre choix

Aucun autre choix

7

Kelemvor

765 critiques

Le chômage a le visage d'un homme tranquille

Contrairement à ce que mon Top 10 Films laisse paraître, quiconque me connaît et connaît mes goûts en matière de cinéma saura que, si le cinéma hollywoodien mainstream remporte souvent mes faveurs,...

le 10 févr. 2026

Du même critique

Total Trax

Total Trax

8

John-Peltier

664 critiques

L'érudition au carrfour du cinéma et de la musique

Chez moi (et pourtant on est un peu), je suis le seul à éprouver de l'intérêt pour la musique de film. Il devient alors difficile pour moi d'écouter des podcasts de 3 heures sur de la musique un peu...

le 17 août 2021

The Downward Spiral

The Downward Spiral

8

John-Peltier

664 critiques

Le suicide en un album - acte II

Parce que l'essentiel c'est les 3 points. Pourquoi écouter cet album : 1/ C'est album majeur des années 90, à la fois précurseur, expérimentateur, mais aussi, dans une certaine limite, grand public...

le 15 juil. 2021

Telegraph Road

Telegraph Road

10

John-Peltier

664 critiques

J'veux rien savoir

Les paroles, le temps long, la guitare douce, la réponse du piano. Une épopée. Mark Knopfler est un époustouflant compositeur de titres épiques (Brothers in arms, Going home, Private...

le 5 févr. 2021