Premier long métrage d’Alice Winocour, Augustine contient déjà "à l’état brut" toutes les récurrences de son cinéma. Situé à la Salpêtrière à la fin du XIXᵉ siècle, le film cherche à observer comment une institution fabrique ses savoirs et façonnent ses esprits à travers le corps d'une femme. La tension centrale se joue entre un corps vécu et un corps interprété, entre l’expérience intime et sa confiscation par le regard savant.

La Salpêtrière est filmée comme un théâtre où la science se construit par la mise en scène, la démonstration et la légitimité du pouvoir. Le corps d’Augustine devient une surface d’inscription, lu et découpé en signes cliniques, privé de sa propre langue. Le film refuse toute esthétisation de la souffrance et place le spectateur dans une position inconfortable, proche de celle des regardeurs médicaux.

La violence de Charcot est fondée sur la certitude éclairée de savoir et de bien faire. Le désir trouble qui circule entre lui et Augustine brouille les frontières entre savoir et possession, sans jamais offrir de résolution. La mise en scène rigide, froide, enfermante prolonge cette logique institutionnelle jusque dans la mise en scène.

Avec le recul, il apparaît comme le point zéro du cinéma de Winocour. Un film qui met en crise plutôt qu’il ne répare.

cadreum
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le 7 févr. 2026

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